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Impacts de la réalité socioculturelle et religieuse

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Depuis l’Amérique Latine. Recherche de réponses.
Rome - novembre 2004

J. B. Libânio

I. Introduction : délimitation des concepts

Les solides navires de la modernité, qui ont traversé des mers furieuses, se voient agitées par de violentes bourrasques en ce début de millénaire. Il se dessine une culture qui est en train de corroder les mythes modernes, les formes économiques et politiques traditionnelles, les bases solides de la rationalité et les vétustes institutions religieuses. Dans ce tourbillon, l’institution de la VC est engagée.
Vie religieuse
Dans ce texte, la VC se comprend d’abord à partir de trois éléments structurants : l’expérience fondatrice de Dieu, la vie communautaire et la mission, et moins à partir des voeux. Ceux-ci se comprennent en relation avec trois éléments indiqués. D’autres types de VC sont entrain d’apparaître qui déplacent les accents et configurent une nouvelle expérience, surtout communautaire.
Contexte actuel
Le monde contemporain est analysé à partir des aspects culturels qui démontrent une extrême complexité. Il y a un débat entre la culture de la vie, qui se préoccupe de la pastorale de l’enfant jusqu’à l’éthique des soins de la personne âgée, et l’anti-culture de la mort qui se tisse depuis les débuts abortifs jusqu’à l’extermination en masse par les maladies épidémiques, les armes mortelles et le fléau de la faim. Le pluralisme, par la variété des ethnies, des cultures, des langues, des valeurs et des religions, étend ses bras, provoquant ainsi, le pôle opposé de l’uniformisation globalisante, de la koinè de l’anglais informatisé, des fanatismes et des fondamentalismes exclusivistes, des orthodoxies canoniques et dogmatiques.
S’ajoute à cela le complexifiant de la mentalité post-moderne qui conjugue, paradoxalement, une soif ardente de sacré avec l’envahissante sécularisation ; une séduction pour la Transcendance avec une ‘sex-dution’ piège ; une soif d’amour et d’intimité affective avec un effréné désordre amoureux.
Ces expressions culturelles ne flottent pas dans le vide de la superstructure, mais elles sont produites et nourries par les sphères économiques et politiques dont les plus grandes expressions sont le néolibéralisme dans la pire expression de la globalisation financière, la décadence de la démocratie formelle, la mobilisation migratrice des pauvres, des exclus et des chômeurs. Il n’existe pas de changements culturels cohérents sans de radicales transformations économiques et politiques. Néanmoins, le rôle principal de la VC réside dans le culturel, avec un regard tourné vers l’économique comme facteur primordial. Nous n’avons pas besoin d’aucun marxisme pour affirmer cela, il suffit de regarder le rôle de l’administration économique des institutions, même religieuses, pour constater les aberrations qu’elles produisent au moyen de l’économie en flagrante contradiction avec les principes moraux qui la régissent.
La VC, plantée dans ce contexte contemporain, participe à la culture de la vie et de l’anti-culture de la mort. Comme la VC n’est pas nôtre, mais un don de Dieu fait à l’Église et au monde, nous avons la responsabilité de nous occuper et de veiller sur elle avec le maximum de lucidité possible dans cette confuse conjoncture mondiale.


Amérique Latine
L’Amérique Latine n’entre pas dans cette réflexion comme un cadre de la VC que l’on étudie, mais comme un point de vue pour comprendre l’ensemble de la VC. C’est le lieu d’où se voit la totalité de la réalité. Donc, une totalité perçue à partir d’une partialité.
Ce lieu s’appelle le Sud, qui est "métaphore de la souffrance humaine causée par capitalisme", qui signifie résistance à la domination du Nord, qui parle, par son authenticité, de ce qu’en lui n’a pas été totalement défiguré ou détruit, par cette domination, et ne s’est pas transformé en résultat de relation colonialiste capitaliste, selon les expressions incisives du scientifique politique portugais Boaventura Santos ( ). Et depuis la périphérie, les structures de pouvoir et de savoir dirigées par le Nord se rendent plus visibles.
La plate-forme religieuse de l’Amérique Latine se distingue de l’Européenne par le fait d’avoir une matrice dominante syncrétique, d’avoir dans les consciences une religiosité de fond en processus de fragmentation et de subjectivation, et d’avoir une pluralité croissante d’agences religieuses d’offres de services, pendant que la religion en Europe est soumise à un virulent processus de sécularisation, soufrant aussi de la“ revanche du sacré ” ( ) et de la présence du “ sacré sauvage ” ( ).
Le Congrès a placé l’ensemble de la réflexion dans une perspective interculturelle : région, type, âge, diversité de professions/positions dans une quadruple fidélité : à l’homme d’aujourd’hui, à Jésus Christ et à l’Évangile, à l’Église et à sa mission dans le monde, et à la VC et au charisme de l’Institut.

Perspective de la présente réflexion

Il s’agit d’une lecture analytique, non moraliste, dans laquelle on indique des aspects restrictifs et propositionnels. Elle prétend conduire à un discernement du réel dans son ambiguïté, sa perplexité et son paradoxe. Elle suppose de s’approcher de la réalité, de la comprendre dans sa complexité, afin d’en capter des éléments historiques explicatifs et structurels en vue de trouver des pistes de réponses. Elle suppose les quatre verbes indiqués dans le Document de Travail du Congrès : accueillir, se laisser transformer, initier de nouvelles praxis et célébrer. Elle doit être attentive au nouveau qui déjà est en train d’apparaître comme un don de Dieu, et à ce qui pourra surgir dans le prolongement du présent ou dans la naissance de l’imprévisible.

II. Éléments du monde contemporain

1. Peur de la liberté et de la responsabilité

Description

Nous vivons, en ce moment actuel, un paradoxe concernant la liberté. Il faut faire une distinction entre liberté de choix et liberté théologique. La première se pratique en relation aux biens matériels et symboliques. Plus nous entrons dans la société moderne, plus nous serons libres de choisir les alternatives et les opportunités. Les personnes qui proviennent d’un monde agricole se sentent enivrés par une telle liberté lorsqu’elles sont plongées dans le monde des grandes villes avec des offres en tous les domaines, jusqu’à l’épuisement décisionnel. On perçoit facilement un certain aspect illusoire de cette liberté, étant donné que les personnes deviennent esclaves de la consommation. Laissons une telle liberté de côté.
La liberté fondamentale, ou théologique, parce que nous l’interprétons à la lumière de la révélation, touche l’intimité du propre moi. Et elle trouve son moment le plus important, le plus profond et radical, quand notre moi se met devant Dieu avec le choix le plus grand, celui de l’accepter ou le rejeter ( ).Comme un tel acte nous marque pour toute l’éternité, nous craignons terriblement une telle liberté ( ).C’est elle qui est engagée fondamentalement dans le VC. La peur de la prendre en nos propres mains rend difficile la prise en charge du sérieux de la VC et de son aspect définitif. Elle implique l’être humain dans sa totalité pour la vie et pour la mort. De là vient la grande peur, puisqu’en elle tout se joue. Dans une culture du provisoire et du jetable, la liberté, vécue dans le sens plénier de sa remise d’elle-même au Transcendent, effraye par son caractère définitif. C’est une liberté qui ne se réalise pas dans le monde des choses, mais dans la confrontation avec d’autres libertés qui expriment et concrétisent pour nous la liberté du Dieu qui nous appelle.

Recherche de réponses
Le chemin pour affronter la peur de la décision se trouve dans la formation à la liberté. Il y a deux perspectives fondamentales dans la compréhension de la liberté : la conquête et le don. Dans le monde politique, la liberté apparaît comme le grand drapeau de la Révolution Française qui s’est inscrit dans la Charte des Droits Humains sous diverses formes. Ce fut une conquête au prix de beaucoup de sang. Dans le domaine économique, le capitalisme proclame la libre initiative comme dogme fondamental. Les ouvriers fêtent une série de droits sociaux, attachés à la liberté, obtenus au moyen d’incroyables luttes, dont la fête du 1er mai en est un symbole. Une certaine philosophie existentialiste oppose à l’existence de Dieu l’affirmation de la conquête de la liberté humaine. La psychanalyse amène le combat pour la liberté au monde de l’inconscient. Dans cette perspective, la formation pour la liberté se dessine comme un incessant combat contre des forces qui la retiennent. C’est un aspect qu’on ne peut pas négliger, parce que toute liberté humaine s’affronte à des adversaires externes et internes. Et la VC n’est pas exempte d’une telle situation.
Dans une perspective théologale, la liberté est vue comme don dans l’ordre double de la création et de la grâce. Dieu crée l’être humain libre et le soutient dans l’existence comme libre devant Lui ( ). La liberté blessée par le péché, mais non totalement détruite, est libérée par la grâce victorieuse du Christ. La théologie paulinienne est là pour nous confirmer dans cette ligne.
La liberté, vue comme grâce, apporte des conséquences bénéfiques pour la formation. Elle suscite une attitude de gratitude et de responsabilité. Elle lui enlève l’amertume des revendications belligérantes ou une position d’indépendance et d’autonomie totales, pour la placer dans la ligne de la relation fondamentale avec Dieu et avec d’autres libertés, qui elles aussi sont des dons. On comprend alors comment elle se réalise précisément dans la confrontation avec la liberté de Dieu et celle de nos frères, et comment les engagements religieux ne lui sont pas une négation, mais une réalisation plus complète.

2. Perte de la conscience historique et morale

Description

La perte de la conscience historique caractérise ce moment majoritairement post-moderne. Elle embrouille le passé, obscurcit l’avenir et laisse le présent sans histoire. Un facteur décisif de la perte de la conscience d’histoire sont les technologies de l’information qui dans nous transmettent les données sans contexte, sans orientation, sans telos, sans critère axiologique, dans une pure immédiateté, dans un continu "on line". Tout est pur présent, sans qu’on puisse distinguer ce qui est réel ou virtuel, dans un vrai monde de la "simulation" (J. Baudrillard). Il n’y a pas de demain et on ne répond pas pour lui. Il existe plusieurs expressions pour traduire cette situation : fin de l’histoire ( ) et des récits-balises ( ), ou fin de l’utopie ( ), destruction de l’histoire et autres. Mais, dans le fond, y a un soupçon généralisé devant les réalités, les conceptions, les idéologies, les théologies qui défient la transitivité du présent. C’est dans cette vague que se submerge la VC.
Avec la fin de l’histoire, disparaissent la responsabilité et l’éthique dans sa dimension inconditionnelle. Nous ne nous compromettons définitivement avec rien et avec personne. Chaque décision est seulement présente, elle peut être révoquée par une autre également présente. La superficialité empêche d’assumer des engagements définitifs.
L’historicité est une dimension fondamentale de notre identité humaine et chrétienne, et, par conséquent, de la VC. Donc, sans elle, difficilement nous formerons une identité cohérente dans la VC.

Recherche de réponses

Dans les années 70, la VC en Amérique Latine a assumé, avec sérieux, l’éducation de la conscience critique dans les pas l’éducation libératrice de Paulo Freire ( ).Nous avons forgé de petits instruments pour aider à former la conscience critique dans différentes situations ( ). C’était un sommet nécessaire dans les assemblées, dans la révision des oeuvres, dans l’étude des communautés. Malheureusement il semble que nous devons revenir de nouveau et repenser cette problématique dans des temps de post-modernité, d’extrême subjectivité, d’indocilité devant le réel ( ). Il ne s’agit pas d’inciter les critiques aux institutions et aux réalités sociales qui sont au dehors, mais d’un retour critique sur soi-même dans un jeu d’insertion et d’émersion, de proximité et de distance.
L’éducation a besoin de développer dans les personnes la capacité de juger et d’apprécier la propre expérience, la propre réflexion, le propre agir, la propre situation, prenant conscience de soi-même dans un contexte déterminé. Trois aspects deviennent fondamentaux dans la formation de la conscience critique : conscience du caractère situationnel, conscience du possible et conscience des mythes du moment. Par le caractère situationnel, on évite l’universalisation idéologique du particulier ; la limite de la conscience du possible permet de comprendre les frontières de la pensée et de l’agir dans un temps et un espace déterminés ; et l’identification des mythes rompt avec les évidences trompeuses de la culture actuelle.
Instruire la conscience critique et historique se fait en sillonnant le parcours des concepts et des théories au moyen des études. Néanmoins, y a une certaine ambiguïté dans la compréhension de l’historicité. Celle-ci permet une procédure de libération lorsqu’elle démasque, comme relatives, situationnelles et contextuelles, des conceptions et positions qui s’arrogent des droits et des pouvoirs universels. Néanmoins, il y a le double risque de produire du relativisme et de l’historicisme. Le relativisme détruit toute possibilité de construction de quelque chose de consistant, considérant que "tous les projets de transformation sociale sont également valables ou, ce qui est le même, sont également invalides" ( ). Le danger opposé vient de l’historicité qui imagine l’histoire comme un développement linéaire et juge tous les moments et toutes les phases culturels, surtout ceux des pays périphériques, à partir du développement des pays centraux. Ils se considèrent le modèle linéaire du développement et ils déterminent les étapes à parcourir par ceux qui viennent derrière, à la manière de la croissance de l’être humain. Le modèle historiciste ne réussira jamais à comprendre et imaginer qu’une région périphérique pourra être plus évoluée dans un certain domaine qu’un pays considéré comme développé.
La création et le développement d’une conscience critique et historique sont favorisés par le dialogue. Et, prenant du Document de Travail la métaphore de la Samaritaine, et en ajoutant la scène de la confession de Pierre, apparaît la nature de ce dialogue : être transporté par l’amour. Seul l’amour restructure les personnes de l’intérieur, leurs ouvrant des horizons plus grands de courage, de responsabilité et d’engagement. Saint Augustin le résume bien lorsqu’il dit "Nous sommes ce que nous aimons" ( ). Le religieux sait que le premier Samaritain est Dieu le Père. Lui nous envoie le Samaritain Jésus et s’approche de nous au travers d’autres innombrables Samaritains qui nous guérissent des plaies post-modernes de la superficialité, de la banalité et de la vacuité de décisions.

3. Contexte néo-libéral et médiatique

Description

Sans entrer dans la question politique et économique du néolibéralisme et dans les implications de cette nature dans le monde médiatique, je m’en tiendrai à l’aspect idéologique et culturel.
Le grand choc médiatique démonte les références fixes et universelles, multipliant les modèles et les conceptions de vie. Les propagandes bombardent les motivations, créant la logique du stimule-procure, allant au-delà du simple jeu capitaliste de l’offre et de la demande ( ). L’esprit nihiliste envahit la société. Cela signifie que les valeurs suprêmes se sont dépréciées, la question du "pourquoi" manque de réponse, manque de finalité. "Le nihilisme est justement l’athéisme non pas comme attitude, mais comme esprit. C’est la dissolution des fondements éthiques de la vie et de son fondement millénaire dans la sphère du sacré" . "Le nihilisme est fondamentalement axiologique: c’est l’acceptation du rien comme principe et fin de toutes les valeurs ” ( ). C’est une expérience traumatique qui a provoqué des résistances imprévisibles dans la post-modernité.
L’idéologie néo-libérale, soutenue par la culture médiatique, divulgue les valeurs de la santé, le culte de la beauté et du corps, le caractère décisif de l’apparence. C’est le royaume du physicien et du marketing. Ce triomphe de la médiatique atteint amplement le monde de la VC. Il occupe le temps extérieur et intérieur des religieux. Il influence la manière de se percevoir comme religieux. Il éventre les éléments sociaux de la vie. Il crée des identités virtuelles, produit une confusion entre le réel et le virtuel.
Plus grave encore, c’est le fait de se former des identités égocentriques et privées de communautés émotionnelles ( ), avec une perte claire de la dimension sociale. Le contexte libéral favorise la création d’identités narcissiques, avant tout tournées vers le culte de soi, de son apparence et vers les groupes qui renforcent une telle dimension existentielle. Elles se nourrissent de la culture médiatique.
Mariée avec le néolibéralisme, dans une relation circulaire de cause à effet, se retrouve la globalisation. Elle renforce le néolibéralisme qui, à son tour, l’excite. Dans son chemin s’accroissent la pauvreté et les multiples formes d’injustice sociale avec la discrimination collective.
Dans des termes psychoculturels, elle dépersonnalise, déracine, déforme l’histoire surtout des peuples simples et pauvres qui ont moins de possibilités de réagir et de résister. Néanmoins, dans beaucoup de lieux, elle provoque des positions réactionnelles de racisme, de xénophobie, de nationalisme, et de caste.

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Le Père Général d’une grande congrégation religieuse, en faisant un bilan, notait une évidente rétrocession concernant l’engagement solidaire avec le pauvre, et la nécessité "de retrouver le chemin des pauvres" de créer un "style de vie personnel et communautaire en solidarité avec eux". Il constatait que seulement 9% de leurs membres étaient engagés dans le secteur spécifiquement social, bien qu’il vérifiait aussi, avec un regard d’espoir, que les activités s’étaient imprégnées de l’option pour les pauvres.
Une recherche sur les Nouvelles Générations montre que la motivation de l’option pour les pauvres pèse dans le choix vocationnel, malgré que l’on perçoive, dans d’autres moments, une chute d’un tel enthousiasme. Probablement qu’il y a une certaine ambiguïté dans la motivation. Une chose est se dire motivé par la "cause des pauvres", une autre est de désirer vivre et rester auprès des pauvres comme "mode de vie évangélique" qui peut être soutenu seulement par une mystique d’identification avec Jésus Christ ( ).
En d’autres mots, le désir ardent de développer une solidarité avec les pauvres permet trois horizons différents. Dans un premiers cas, on se satisferait d’actions solidaires isolées et, quelquefois, seulement sporadiques. On se console le coeur avec elles. Dans un degré plus haut, on cherche une présence solidaire près des pauvres dans la défense de leurs droits, dans un certain partage de vie et même dans une vie d’insertion en son milieu. Une prétention plus grande consiste à développer une culture de la solidarité. Et quand on dit culture, on entend par ceci la création d’un univers symbolique réel dans lequel les gestes, les pensées, les actions des personnes deviennent intelligibles pour soi-même et pour les autres seulement dans l’horizon de la solidarité. Celui-là serait l’idéal le plus grand en faveur de l’option pour les pauvres.
La globalisation se laisse interpréter à partir de la métaphore de Babel. Une lecture attentive du texte fait découvrir que la confusion des langues est l’oeuvre de Dieu et que le désir d’une seule langue, d’une seule voix, créant une unité et une uniformité par le dehors, par l’emprise et par la force dominatrice, est produit de l’hybris humain. La globalisation est une oeuvre de la puissance et de l’imposition des seigneurs du monde qui veulent ériger une grande tour et de son sommet imposer la seule langue du marché. Dieu vient et crée la confusion des pauvres, des périphéries qui n’acceptent pas une telle domination. Dieu est confusion du pouvoir unificateur.
En poursuivant la parabole, la VC depuis des siècles a créé une langue uniforme et voici que la post-modernité a semé la confusion des formes et des expressions nouvelles. Peut-être est-ce la manière d’agir de Dieu.
Quelqu’un pourrait contester avec autre métaphore biblique : la Pentecôtes. Là il semble qu’il arrive tout le contraire, l’Esprit unifie; on exploite beaucoup une telle lecture. Mais si on observe bien le texte, il ne dit pas que les apôtres parlaient une seule langue et tous comprenaient, mais que chacun comprenait dans sa langue, donc dans la diversité.
En conjuguant les deux métaphores, la globalisation apparaît comme une imposition que l’Esprit de Dieu détruit par la confusion des réactions (Babel), par la différence de sa réception (Pentecôtes). L’uniformité vient du dehors, la perception interprétative de l’intérieur, de l’expérience, de la liberté et de la conscience.
Dans la ligne de la réponse, s’imposent à nous la nécessité de l’inculturation et de l’assouplissement institutionnel. Ici s’ouvre un énorme continent d’espoir et d’attente. A peine commençons-nous à faire réellement des pas vers une vraie inculturation, bien que le sujet a déjà été traité amplement, principalement dans l’espace du dialogue interreligieux.

4. Confusion entre vocation et profession

Description
La modernité, dans sa phase avancée, a mélangé les réalités de la vocation et de la profession avec des conséquences sur l’identité de l’être religieux. Profession veut dire : compétence, efficacité, productivité, et reconnaissance sociale. Elle exige et se préoccupe d’avoir une bonne préparation en vue de son exercice. Elle entre dans un engrenage de cours et de diplômes afin d’obtenir, toujours davantage, une plus grande crédibilité en face de la société, et ainsi obtenir le succès et la rémunération. La profession ne supporte pas l’échec. Elle cesse quand la personne n’est plus capable de l’exercer à cause de l’âge, de la maladie, ou de la retraite. Elle ne résiste pas au temps. Elle est grandement conditionnée par des facteurs externes à la personne.
La vocation, à son tour, fait son chemin par le monde de la gratuité. La motivation vient de l’intérieur. Elle se révèle un "plus" en chacune des activités que la personne exerce. Dans les situations les plus défavorables, comme la maladie et la vieillesse, la vocation persiste, même si ce n’est que sous la seule forme de la prière et du don de la vie. Elle possède un caractère de pérennité, propre au don de soi à Dieu.
Dans une lecture théologique, la vocation appartient, en premier, au charisme plutôt qu’à l’institution. Elle trouve sa source ultime dans l’appel de Dieu autant dans la vie séculaire que dans la vie religieuse.

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La vocation et la profession ne sont pas deux choses séparées, mais deux dimensions différentes de l’activité humaine avec des champs spécifiques distincts. L’identité de l’être religieux implique une relation propre entre les deux et se voit menacée quand la profession se superpose à la vocation.
Le primordial vient de la vocation. Elle donne sens et motivation à la profession et non vice-versa. La VC définie la compétence professionnelle à partir de la vocation et en fonction ce celle-ci, et non comme une réalité indépendante.
La profession et la vocation se distinguent entre-elles, en même temps qu’elles s’articulent. La société actuelle valorise la profession de telle manière qu’elle devient un critère de l’évaluation de la vocation. De cela viennent les crises continuelles. Le cheminement formateur semble être l’inverse : voir la profession en vue de la vocation selon le critère ignacien de la tantum quantum. D’autant plus professionnel, d’autant plus aidant pour la vocation et la mission.
La racine de la solution vient de la compréhension théologique de la vocation qui, comme appel de Dieu, donne sens à la profession. Celle-ci entre alors dans la VC comme l’expression et la concrétisation d’un don de Dieu , d’une plus grande vocation. Dans la VC, il n’y a pas de profession purement séculaire.

5. Faillibilité des Institutions : perte de la source de garantie

La VC a reçu, et continue de recevoir, de l’Institution de l’Église un grand encouragement, surtout concernant les nouvelles formes qui proviennent des mouvements de rénovation et des nouvelles expériences de communauté. En outre, les dicastères continuent à en décréter des normes.
L’Institution ecclésiastique catholique se voit menacée, comme toute institution dansla post-modernité, par une perte croissante de crédibilité, même dans ses plus hauts échelons. Autrefois, les attaques contre elle venaient des ennemis. Ils finissaient par la renforcer. La nouveauté du temps actuel consiste dans le fait que l’Église elle-même a reconnu sa fragilité. Le Concile Vatican II, devant la sainteté du Christ, se reconnaît sainte, mais aussi pécheresse, nécessitant de se purifier, cherchant sans cesse la pénitence et le renouvellement ( ). De manière concrète et très visible, Jean-Paul II a demandé pardon publiquement pour les péchés et les erreurs historiques de l’Église, certaines graves et contre les droits fondamentaux de l’être humain ( ). Dans autre endroit il écrit : "Bien qu’en étant sainte par son incorporation au Christ, l’Église ne se lasse pas de faire pénitence : elle reconnaît toujours comme siens, devant Dieu et devant les hommes, ses fils pécheurs " ( ).
Si, d’un côté, cela fut un acte de grandeur d’esprit, d’un autre côté cela a produit une certaine insécurité. Si on s’est trompé dans le passé, et gravement, on peut aussi se tromper, de la même manière, dans le présent. Ainsi, des affirmations péremptoires, qui hier étaient considérées comme une garantie absolue de vérité et de crédibilité, aujourd’hui laissent une ombre de soupçon : "qui sait"... L’’oeuvre de González Faus est là pour nous alerter ( ).

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La difficulté de résister à ce soupçon est d’autant plus grande aujourd’hui qu’il s’est créé une désaffection généralisée concernant les institutions. La crise de confiance touche toutes les institutions. Le mouvement de mai 68 en France a été l’épicentre de la crise. Depuis lors il n’a pas y eu de rattrapage pour les institutions politiques, sociales et culturelles. L’Église n’est pas exemptée de cette avalanche de dénigrement, bien qu’au Brésil elle soit assez respectée. Dans autres pays, surtout après l’étalage médiatique des scandales sexuels, l’incroyance a augmenté. La grande presse en fait fréquemment une caricature, explorant négativement ses positions, surtout dans le domaine de la morale familiale et sexuelle.
Il difficile, dans la formation, à en arriver à ce que le « sentire in et cum Ecclesia », "n’exprime pas seulement un sentiment favorable envers l’Église, mais aussi une pensé et une communion pleine avec Elle, avec la tête et avec le coeur" ( ). Nous sommes au coeur du problème de l’incarnation de la grâce. Si, dans le temps de Jésus sa chair a été un scandale pour plusieurs qui n’ont pas réussi à la dépasser et à reconnaître en lui le Messie, l’Envoyé de Dieu, aujourd’hui l’Église provoque le même scandale. Croire dans la sacramentalité salvifique de l’Église, en un moment culturel où sa fragilité, sa condition de pécheresse est mise en extrême évidence, implique une dimension de foi profonde. La méfiance, le soupçon et surtout les comportements parallèles deviennent très communs à l’intérieur de l’Église elle-même et, pourquoi ne pas le dire, de la VC.
C’est le moment d’approfondir la relation entre l’Église et le Royaume de Dieu dans la perspective des paraboles du Royaume. Les métaphores du levain, de la semence, de la perle cachée permettent de saisir la dimension du mystère intérieur de l’Église, cela malgré toutes les difficultés qui lui viennent de son extérieur. Seule une expérience mystique de l’amour rend possible une telle lecture, ce qui amène à éviter les deux extrêmes de la révolte iconoclaste et de la servilité louangeuse.


6. Post-modernité fluctuante dans le VC

Description

Actuellement, la VC est fortement heurtée par la post-modernité. Il serait trop long d’entrer dans une explicitation et dans un débat. Je prendrai donc quelques éléments consensuels.
Le terme déjà révèle une certaine ambiguïté. C’est une "post-modernité" qui ce n’est pas seulement un "post" mais un "avec". Il a, donc, une post-avec-modernité dans laquelle coexistent des éléments de ces deux moments et une post-pré-modernité qui laisse des aspects de la modernité occidentale et retrouve certaines de ses valeurs fondamentales par une autre voie culturelle. La post-modernité ne vient pas après la mort de la modernité. Celle-ci est bien vivante et progresse sous divers aspects comme, par exemple, la science technologique qui triomphe dans les secteurs de la biogénétique et de l’informatique.
La théologie de la libération opposait une Seconde Illustration d’incisive critique sociale, inspirée de Marx, à une Première Illustration qui a nourri l’idéologie bourgeoise. De même, parlant de post-modernité, il convient d’en proposer une "d’opposition" qui se situe, de façon critique face à la post-modernité dominante, bien qu’elle communie avec elle sur beaucoup de points. Cette description synthétique présente autant des traits de la conception dominante ( ) que ceux préconisant une posture d’opposition dans la forme de post-colonialiste ( ).

Découpage philosophico-politico-sociologico-scientifique

La post-modernité dominante interroge et mine les dogmes scientifiques et philosophiques qui ont prévalu dans la modernité, en proposant des alternatives. Au niveau de la logique scientifique : un raisonnement pluraliste et une pensée complexe ; une conception constructiviste, relativiste, syncrétiste et approximative de la vérité, renforcée par la théorie quantique; l’inter- le multi– et le transdisciplinaire; les rapports concis et la pluralité des sources de connaissance ; le principe de la réflexivité ( ). Dans le domaine moral : la nécessité de la construction d’une éthique globale; la valorisation des fins en relation aux moyens. Dans le monde social : la multiformité des formes de famille ; l’accent mis sur la fragmentation, dans les banlieues ou les périphéries ; l’hétérogénéité et la pluralité des différences, des agents, des subjectivités; une reconstruction d’utopies pluralistes, réalistes et critiques depuis les pauvres ( ).
Un autre aspect fondamental de la post-modernité consiste dans une nouvelle configuration subjective de la personne ( ) dans laquelle le sentiment et l’émotion constituent les bases de son auto-compréhension et de ses relations. Au centre se trouve le "moi". Il se nourrit du plaisir, de l’expérience subjectiviste et émotionnelle, unissant, comme l’observe le Document de Travail, une soif d’amour avec un désordre amoureux. Une relation nouvelle s’établit avec le corps, ayant pour lui un soin extrême, l’utilisant comme source de plaisir et comme intermédiaire fondamental dans la relation avec les autres.
Cette approche amène des conséquences pour la vie communautaire, avec des désirs de communautés émotionnelles, chargées d’affection et d’affinité. On dirait même que l’on préfère des rencontres communautaires, que se soit de peu de personnes, que ce soit en grands rassemblements, à une vie communautaire routinière. La routine mine l’émotion, la satisfaction intérieure et peut-être même le plaisir, alors que ceux-ci sont le combustible des nouvelles formes communautaires. Le Document de Travail fait allusion à une plus grande recherche de rencontres de divers types : entre-nous, avec des laïcs/ques. Les options sont orientées vers les relations interpersonnelles et horizontales, familiales, démocratiques, de tolérance, ouvertes, entre amis.
Les conquêtes de la médecine contre la douleur, tant physique par la sophistication des anesthésiques, que psychique par l’industrie des psychotropes, s’entremêlent à la promesse du bonheur chimique. Le « Prozac » a été salué comme la "drogue parfaite". G. Sissa parle du "bonheur de poche" ( ). En outre, s’ajoute une pédagogie de la consolation, laquelle vise à éviter que les personnes supportent une quelconque souffrance, cherchant à la minimiser ou à l’abolir totalement. On s’imagine pouvoir créer une société sans douleur, sans souffrance, nageant dans le bonheur des remèdes et des consolations. Incapable, donc, d’un quelconque sacrifice, renoncement, souffrance, vivant un état psychique pacifié, avec un bon astral et une pensée positive.
La concentration chez la personne, comme principe axiologique de la valeur-source de la société actuelle, provoque nécessairement la revitalisation des valeurs et des traditions et met l’accent sur les choix expérientiels sans critères absolus, valorisant le flexible, le momentané, le carpe diem ( ). L’individualisme moderne et post-moderne "se caractérise par l’émergence de la valeur de la personne au centre du système social : système symbolique et système organisationnel de la société " ( ).
Une pénible fragmentation traverse la culture et les personnes. Les activités intellectuelles, spirituelles, culturelles, professionnels et celles du loisir, du plaisir, du repos, sont vécues de façon séparées et dissociées. Que nous sommes loin du désir des Pères du Concile qui rêvaient pour le clergé d’une formation intégrée ( )! La psychanalyse elle-même favorise la fragmentation de l’identité, quand elle définie la personne par ses structures psychiques conscientes (ego) et inconscientes (id, super ego). Les personnes confondent leurs propres images, soit en cherchant l’anonymat, soit en fuyant des relations stables, soit en perfectionnant l’apparence, soit en se cachant dans les relations virtuelles ( ).
En vivant dans une culture marquée par l’hédonisme, par le consumérisme immédiat, par l’option préférentielle autour du plaisir et du divertissement, par la médiatique, l’informatique et la haute vitesse électronique, d’un côté, comme de l’autre souffrant d’une grande vulnérabilité psychique, il y a une énorme difficulté à ordonner la frustration, l’angoisse, le temps d’attente, ou à avoir posture dans la macro-politique On préfère les petites transformations à court terme de projets moindres.
Utilisant des termes de la VC, on est en train d’arriver à un éloignement de la nouvelle génération de religieux en relation au corps social de la Congrégation. Nous assistons à l’entrée dans la VC du "tiers- homme", qui connaît les normes, ne proteste pas contre elles, mais les suit seulement à partir de son propre arbitre( ). Véritable dissident( ), créant un double langage, fréquemment en conflit et même en contradiction. Il a un langage public déterminé : pour les supérieurs, les collègues, et un autre langage expérientiel intérieur pour sa conscience. Un tel jeu n’est pas toujours totalement conscient. Les formateurs eux-mêmes, selon une recherche, doutent de la motivation exprimée par les personnes en formation lorsqu’elles parlent de se donner aux pauvres comme Jésus, de leurs ardents désirs humanitaires, de recherche de Dieu et de la motivation profonde consciente et inconsciente, silencieuse, qui tourne autour de l’autopromotion, de l’auto-reconnaissance, de la dissimulation de problèmes afetivo-sexuels.

Caractère spirituel

La religiosité et la spiritualité forment un autre continent dans la post-modernité. Son expression la plus significative s’appelle New Age. C’est un univers d’expressions religieuses marquées par un énorme syncrétisme, par la liberté, la pluralité, la subjectivation et l’autonomisation des formes religieuses, sans, ou avec, un faible lien institutionnel ou lien d’autorité. C’est fondamentalement une conception post-traditionnel de Dieu, de Jésus, du salut, de la religion –Église-institution - avec une nouvelle conscience religieuse d’une tendance vers le monisme gnostique, le mysticisme ésotérique, le psychologisme humaniste, l’holisme sacré, l’écologisme profond, l’énergétisme cosmique et diffus, et tant d’autres "ismes". C’est un passage du "hard" de la foi au "soft" de la spiritualité et de la religiosité. En une phrase, disons que l’on souffre d’un affaiblissement de la conception personnelle de Dieu qui s’étend du retour des dieux et de la compréhension fluide du divin comme énergie, dans le sens plus qualificatif que substantif, jusqu’à la mort de Dieu.
Dans la ligne de D. Hervieu-Léger, B. Carranza analyse la façon dont le climat religieux post-moderne envahit tous les espaces et tous les styles de vie au moyen d’une spiritualité diffuse, désinstitutionalisée, anarchique, errante, réconfortante, plus proche de la constellation new age, d’un côté, et, d’un autre, une spiritualité plus voisine au fondamentalisme, plus performante, offrant des discours et des formes de pratiques qui rejoignent le sacré, garantissent le salut, témoignent des miracles et des bénédictions divines ( ). Ensemble elles offrent réconfort et identité aux fidèles.
Dans l’univers charismatique catholique, qui participe à une telle vague, on assiste à des expériences intérieures d’avivage (revival), de renaissance (rebirth) et de baptême dans l’Esprit. Fréquemment revient le mot mystique, qui traduit autant le sens original d’une forme supérieure d’expérience du Transcendent, que la plus barbare décadence dans le tourbillon du jargon des mass média ( ).
Dans ce climat, il existe des initiatives authentiques, comme les Exercices Spirituels dans la Vie Courante, qui apportent une contribution dans l’approfondissement des expériences spirituelles. De telles pratiques ont été conduites par des religieux et des laïques, et dirigées aux fidèles chrétiens, même des classes populaires.
La lecture de l’Écriture a été assumée dans ce mouvement spirituel sous deux formes bien différentes. Dans quelques cas, on cherche, parfois presque magiquement, au moyen d’une lecture aléatoire et subjective de l’Écriture, une solution pour ses problèmes personnels. Dans d’autres cas, elle nourrit, au travers des cercles bibliques, la vie des communautés religieuses et populaires.

Caractère socioéconomique et sociopolitique

Dans le domaine économique, la post-modernité se fait présente, suite à la chute du socialisme et de la crise du néocapitalisme, sous la forme du néolibéralisme financier, par la conscience des limites du progrès et par la globalisation dans les diverses phases de la production et de la commercialisation. Dans le domaine politique, la faillite de la démocratie formelle et des États nationaux devient évidente ; au Forum Social Mondial s’organise le programme "un autre monde est possible" avec une pluralité de projets collectifs articulés de manière non hiérarchique ; une mentalité écologique se propage ; et on se bat pour l’humanisation des bureaucraties. La post-modernité se lie à une société extrêmement pluraliste dans tous les domaines. Cela augmente le spectre des choix, la complexité des relations vécues par les divers regroupements sociaux, dont la compréhension devient difficile, paralysant les actions sociales. Le processus d’inclusion et d’exclusion dans les grandes villes se modifie et le niveau de permissivité grandit.
On observe une distance et un déphasage entre le langage de la VC et les expériences des religieux/ses dans cette société. Aux côtés d’une réalité violente, injuste et agressive, on peut lire des documents idéalistes, génériques, presque vides d’une beauté irréelle. La conscience sociale et politique des religieux décline. Comparant la recherche réalisée dans la années ‘80 avec une autre des années ‘90 sur les séminaristes, l’analyste affirme que "le nombre des séminaristes engagées (ou disposé à s’engager) avec le CEBs (les Communautés Ecclésiales de Base), la CPT (Commission de la Pastorale de la Terre), les pauvres des périphéries urbaines, la Pastorale Ouvrière, les droits humains, les Indiens et les immigrés, a diminué d’environ 50%. [...].La génération actuelle des séminaristes (pareillement à leurs contemporains du même âge) ne présente pas de projets clairs en vue d’un changement, et s’occupe davantage de sa réalisation personnelle." ( ).
On constate donc, une perte d’énergie dans l’engagement, un refroidissement du discours libérateur, un retrait des communautés insérées, avec un abandon de la pastorale sociale en faveur du liturgico-sacramentel.


Recherches de réponses

Imaginons la VC insérée à l’intérieur de cet ample contexte de post-modernité, participant à toutes ces réalités, parfois de façon irréfléchie et routinière, parfois de façon réfléchie et critique. La post-modernité soulève un grand doute face à ce formidable ensemble de la modernité qui atteint aussi la VC, et au Sud apparaît aussi un soupçon face à la mélancolique célébration de la post-modernité du Nord.
La réponse passe par la conscience de la surexploitation de la modernité occidentale. Ainsi, comme il est question de penser l’économie au-delà du capitalisme et du socialisme, la politique au-delà de la démocratie représentative, la culture au-delà de la rationalité instrumentale et scientifique, ainsi, de façon analogue, cela nous force à imaginer un nouveau paradigme pour la religion, pour l’Église et pour la VC. La religion chemine vers un dépassement de la fonction sociétaire et vers une redécouverte de la mystagogie. L’Église est interpellée à dépasser la triple centralité - Rome, diocèse, paroisse - et le paradigme catholique romain médiéval, selon de langage de H. Küng ( ) et, dans la ligne de Boaventura Santos, le dépassement de la mentalité colonialiste en recherche d’un réel oecuménisme. La VC est confrontée au dépassement d’une canonicité tridentine, encore présente dans le post-Vatican II, à la centralisation de la part des curies générales à la recherche de plus grande inculturation.
Dans des termes plus englobants, ce qui est en jeu, c’est la perspective d’une autre rationalité plus ample dans laquelle se dépasse la primauté de la connaissance rationnelle instrumentale ou scientifico-empirique. Il est aussi question de repenser l’émancipation sociale moderne "à partir des expériences des victimes, des groupes sociaux qui ont souffert de l’exclusivisme épistémologique de la science moderne et de la réduction des possibilités émancipatrices de la modernité occidentale aux retours possibles par le capitalisme moderne" ( ).
Dans ce processus, nous affrontons le paradoxe de la culture occidentale qui est, en même temps, indispensable et inadéquate. En outre, on court le risque d’entrer dans une post-modernité célébrative, festive, empêchant une post-modernité d’opposition, qui émerge des victimes et non simplement banquette avec les seigneurs.
En allant plus à fond, la VC réussira seulement à naître des cendres de l’incendie post-moderne si elle récupère l’expérience fondatrice de Dieu, comme vraie mystagogie, introduisant les religieux dans le Mystère Sacré ( ). C’est un élément absolument incontournable d’une VC qui veut aller au-delà des ferveurs émotives et des poussées charismatiques. D’autant plus importante est cette tâche, que s’est affaiblie la conception de Dieu, jusqu’à être dilué que ce soit dans la transcendance, dans l’imanescence ( ) ou dans la fluidité d’un nébuleux mystico-ésotérique ( ).
La CLAR en Amérique Latine s’est préoccupée d’offrir pendant 5 ans l’étude approfondie, existentielle et orante de l’Écriture au moyen du projet Palavra-vida ( ). Excellente école d’approfondissement de la Parole de Dieu dans la VC, la lecture orante de l’Écriture conduit à la vraie foi, selon le classique proverbe théologique : lex orandi est lex credendi. En plus d’articuler foi et Écriture, prière et foi, la contemplation doit être en intime résonance avec l’action et vice versa : in actione contemplativus. Il ne s’agit pas de dosage matériel, consacrant plus ou moins de temps à l’action ou à la contemplation, mais de les vivre en intime syntonie.
La post-modernité souffre de la contradiction, dont nous avons parlé deux fois et qui a été souligné dans le Document de Travail : soif d’amour et désordre amoureux. La réponse va dans le sens de travailler la dialectique de l’amour et lui donner une pédagogie. Il y a une petite inversion linguistique qui apporte de l’expressivité. Au lieu de chercher de la réalisation de soi au moyen de l’autre, on trouve dans l’autre la réalisation de soi. C’est la profonde dialectique pascale chrétienne, nous trouvons vraiment la vie, et nous-même, seulement quand nous la perdons, en sortant de nous-même et en nous livrant aux autres (Mc 8, 35). Par elle passe le renouvellement de la VC. Pour cela, il est nécessaire de construire une vraie pédagogie qui s’initie au postulat et termine avec l’Onction des malades. Saint Ignace établit, dans le début de la "Contemplation pour atteindre l’amour", deux principes simples et diaphanes. Il n’est jamais de trop de les répéter : "L’amour doit être davantage dans des oeuvres que dans des mots" et "l’amour consiste dans la communication mutuelle" ( ).
Dans le domaine de la pédagogie, une post-modernité extrêmement fluctuante exige un meilleur jeu entre motivation et structures d’aide. On ne peut confier beaucoup dans les intentions et désirs des personnes, surtout qu’elles participent déjà de la liquidité de la culture actuelle et ne durent pas. Ces motivations manquent de réalité objective, dans le temps et dans l’espace, laquelle leurs garantie la constance. J’ai l’habitude dans l’orientation des études dire à mes élèves: "Ce qui n’est pas dans l’horaire, n’existe pas". La question est de faire valoir aux yeux des jeunes que la discipline, l’horaire sont des école de vie, reflètent la condition de tout être humain normal, les approchent de façon réaliste de la vie des autres humains. C’est la dose du réalisme existentiel exigé par la vie humaine.
La motivation, l’énergie intérieure, la force utopique font tourner le moteur et les médiations concrètes, historiques et pratiques ouvrent la route pour qu’il puisse avancer. Un sociologue, présentant une harangue aux communautés ecclésiales de base, disait que ce sont les petites pratiques réussies qui modifient les consciences. Petites, parce qu’elles sont contenues à l’intérieur de l’horizon du possible ; pratiques, parce que ce sont des actions réalisées avec intelligence pour modifier une réalité ; et réussies, parce que cela permet la vérification du fait et ainsi on évite des déceptions et des rétrocessions.
Le Document de travail devant la nouveauté de cette condition post-moderne laisse une interrogation : ne serait-ce pas le cas de reconnaître la difficulté des engagements perpétuels et définitifs et de penser une VC ad tempus ( ).

7. Retour de l’extériorité

Description

De l’autre côté du caractère subjectif et intérieur de la post-modernité fluctuante, existe, paradoxalement, la super valorisation de l’extériorité. Paulo VI, à la suite des philosophes existentialistes comme G. Marcel, critique, au nom de l’être, la société de l’avoir. Aujourd’hui l’accent a été déplacé de l’être et de l’avoir vers le paraître. Nous sommes dans la société du marketing. L’apparence commande la vie des personnes. Peu importe l’être ou l’avoir, comme tel, ce qui importe c’est de se montrer, de briller, même si on cache derrière cela le vide existentiel et la possession illusoire des biens. La beauté, dans sa double relation positive d’ultime manifestation de la propre beauté de Dieu et dans son aspect de séduction, préoccupe grandement la jeune génération.
De nouvelles formes de VC surgissent et accentuent l’extériorité distinctive en recherche de reconnaissance sociale, de sécurité personnelle et d’autovalorisation. Elle sert à dire aux autres : sachez qui je suis ! A soi-même : je sais qui je suis ! E à tous : Valorisez-moi !
On attribue de l’importance aux symboles religieux, maxime de pouvoir, aux traditions, aux hábitos dans le double sens d’habits et de pratiques extérieures répétées ( ). Les membres des groupes religieux créent leurs propres codes de langage et de comportement qui les distinguent des autres personnes et les identifient. Ils utilisent des expressions ou des rites qui ne sont intelligibles qu’entre eux. Dans certains cas ils vont plus loin. Ils assimilent leur manière de sourire, la tonalité du parler, la démarche et la façon de se mettre en relation avec les aux autres, imprégnant en eux une marque reconnaissable de loin, de telle sorte que les personnes et les communautés de cette congrégation sont visiblement identifiables.
Ils construisent pour eux et pour le groupe un imaginaire social propre, dans lequel la personne du fondateur, les dignitaires, les associés occupent des places différenciés, et disposent d’une autorité morale plus ou moins grande sur les membres du corps social. De même, la VC se distingue précisément par le type d’oeuvres et d’activités qu’elle exercent avec son identité propre.
Quand il s’agit d’organisations internationales, ils reçoivent normalement des consignes et des orientations du centre de manière uniformisée, au moyen de lettres, vidéos et vidéoconférences, employant, en de nombreux cas, la technologie moderne de la communication. L’uniformité dans la formation est garantie et renforcée de l’extérieur par des lois, des normes et des règles canoniques communes à tous.
La communauté crée une tanière protectrice d’autant plus nécessaire et désirée, que ce type de vie consacrée est bombardée par les éléments étrangers de la modernité et post-modernité. Il s’organise ce que les sociologues appellent "l’institution totale" dans laquelle le logement, le travail et le loisir se font sous le même toit et sous une seule autorité ( ). Il est ainsi plus facile d’exercer une protection et même un contrôle sur les consciences. L’intérêt principal des membres se tourne vers l’intérieur de la communauté et non vers le monde extérieur. Il s’établit alors un double jeu: intérieur et extérieur.
On court facilement le risque du fanatisme, du manichéisme, divisant le monde entre les purs et les impurs, ceux qui sont pour l’extériorité de la VC et ce qui n’en sont pas. Et au lieu d’avoir des formes religieuses dans l’esprit d’ouverture et d’eocuménisme, on répètent, avec les signes de l’extériorité post-moderne, des comportements et pratiques archaïques.

Recherche de réponses

Il convient de faire avancer une telle recherche d’extériorité vers une profonde expérience spirituelle de Dieu, la cultivant par la prière, par la pratique de la foi, de l’espérance et de la charité. Cela n’est pas possible sans cultiver un minimum de silence, sans une rencontre avec sa propre intériorité. Il y a une pédagogie de la solitude, qui n’est pas isolement, ni incapacité de communiquer, mais qui est de se retirer pour être ensuite envoyé, c’est une refonte de l’esprit devant le Mystère de Dieu. La relation au mystère est une exigence ultime de la nature humaine, de la réalisation du moi profond. Seul en lui se trouve le sens de la vie avec ses souffrances et ses échecs.
La réflexion sur le symbole apporte aussi de la lumière sur cet aspect. Le mystère de l’intériorité, comme nous l’avons vu, débouche sur le symbole réel, par le fait de produire extérieurement un différent de soi, il le fait devenir vrai pour soi et pour les autres. Le symbole, à son tour, conduit au mystère. Ce n’est pas un signe vide, mais chargé du mystère dont il en est la manifestation. L’extériorité dans la VC ne s’est pas constituée à partir du vide, de la superficialité, de l’absence, mais il a germé de l’expérience fondatrice et mystique.
La VC est impensable en dehors de l’expérience du mystère. K. Rahner a apporté une contribution inestimable dans la compréhension, dans la revalorisation et l’expérience du mystère. Il va au coeur de la question quand il nous conduit vers le seul et véritable mystère de notre foi. En vérité, les "mystères" proprement absolus se révèlent seulement par la propre communication de Dieu dans la profondeur de l’existence - appelée grâce - et dans l’histoire - appelée Jésus Christ -, ce sont des aspects dans lesquels est déjà impliqué la Trinité immanente et économico-salvifique. Et ce mystère unique peut en arriver à une grande proximité avec l’homme, si celui-ci comprend qu’il est relation au mystère, que nous appelons Dieu " ( ).
La beauté, la profondeur et l’actualité de sa réflexion consistent à mettre en relation le mystère de Dieu avec le mystère de l’être humain. L’être humain se trouve d’avance ouvert à la totalité incompréhensible de la réalité et en elle à son fondement qui est Dieu, le Mystère absolu. Il se crée un lien historique de la constitution humaine avec le Sauveur absolu et la signification de Dieu, qui, en tant que Mystère absolu et Saint, suscite la réalité, la faisant tendre vers Lui. L’homme est la capacité d’accepter ou de rejeter Dieu : ceci est son mystère. Donc, l’être humain est structurellement en inter relation au mystère, il est mystère parce que dans sa nature il est en référence au Mystère ( ). La transcendentalité de l’être humain apparaît comme une "transcendance ouverte au mystère absolu de Dieu qui est la proximité absolue du pardon". Dieu signifie le Mystère silencieux, absolu, inconditionnel et incompréhensible. Il évoque, en son infinie distance, cet horizon pour lequel se dirigent, dans son ensemble et depuis toujours, d’une manière incompréhensible et non maniable, la compréhension des réalités particulières, de ses relations mutuelles et de notre relation active avec elles. Cet horizon continue à rester silencieux, continue dans sa même distance, quand se termine et s’achève toute compréhension et toute performance qui lui sont attachées." ( ). L’être humain est une nature indéfinissable et vide, dont la limite est la référence illimitée au Mystère infini de la plénitude ( ).
Ces brèves références à K. Rahner indiquent par le mystère du Dieu infini et absolu qui se rapporte à nous, que nous aussi nous sommes mystère, nous arrachant de telle façon au narcissisme de la superficialité extérieure de post-modernité.
La liturgie, dans sa pédagogie du mystère comme une réelle mistagogique, offre une excellente contribution afin que la VC ne se perde pas dans une pure extériorité. Elle le fait de manière excellente, en conjuguant le symbole visible avec la réalité de la grâce dans laquelle elle se réalise. Plus l’on fait face à l’invasion de l’extériorité criante du monde médiatique, plus une telle éducation devient importante. Il devient impératif de cultiver l’expérience de Dieu dans profondeur, le silence, et vivre une liturgie qui célèbre l’intériorité du mystère dans l’extériorité des symboles.



8. Usure de la VC classique et confrontation avec les nouvelles formes de VC

Description
De façon télégraphique, je voudrais formuler avec une série de mot-clés le phénomène de l’usure de la VC classique : le nivellement canonique des charismes ; l’embourgeoisement envahissant la vie communautaire avec une distance croissante entre la contexte de vie des religieux et celui du commun des personnes simples et pauvres ; la perte de la sève contemplative au profit de pratiques spirituelles routinières ou d’une ferveur charismatique extérieure faite de spiritualisme désincarné ou même d’un activisme effréné simplement séculaire ; l’affaiblissement de la conception de Dieu; un dualisme dans la vie de prière juxtaposée à l’activité apostolique; le poids croissant des oeuvres aux coûts de la créativité missionnaire; le vieillissement des membres et l’absence de l’indispensable entrée de nouvelles générations; l’adaptation condescendante aux formes de vie de la modernité consumériste et hédoniste, même dans les pays pauvres; et l’individualisme croissant avec une connotation narcissique et virtuelle.
C’est en face ce côté sombre de la VC classique que les nouvelles formes présentent une vigueur d’opposition, par la vie et la pratique ou verbale et accusatoire.

Recherches de réponses

Une première réponse vient de l’Esprit qui suscite à l’intérieur de la vieille souche de la VC traditionnel une floraison merveilleuse de pousses, certaines pleines de vigueur, et d’autres infectées par des insectes contaminants. Pour comprendre ce phénomène, nous faisons appel aux mêmes métaphores de Babel et de la Pentecôtes qui nous ont aidé à comprendre la globalisation. Il régnait dans la VC classique un seule voix, une seul language canonique qui s’imposait dans sa monotone d’uniformité, et voici que Dieu vient créer la confusion dans les constructeurs de la tour. Et nous sommes en avant de la prolifération de nouvelles formes religieuses. Cela ne veut pas dire que tous les effets de la confusion, provoquée par Dieu, soient par lui voulus ou désirés. Mais le fait remonte à son initiative, si bien nous que y comprenons le passage de la Tour de Babel.
La Pentecôtes complète ou même corrige l’expérience de Babel, lorsque la pluralité des peuples écoute, dans sa propre langue, une même prédication (At 2, 7-13). Ainsi, chaque nouvelle forme, dans son originalité, porte la marque d’une certaine unité. Où la trouver ? Dans l’intuition joanique où par l’Esprit nous sommes tous conduits à Jésus-Christ, à la compréhension du même Évangile. L’unité se construit de l’intérieur et non de l’extérieur, comme il arrive dans des nivellements canoniques et législatifs.
Ces nouvelles formes révèlent la liberté de l’Esprit. Le Card. Ratzinger considère "un événement merveilleux la force et l’enthousiasme avec lesquels les nouveaux mouvements ecclésiaux vivent la foi et sentent la nécessité de partager avec les autres la joie de cette foi reçue comme don" ( ). Il les caractérise par le fait qu’ils sont nés d’une personnes, guide-charismatique, en se formant en communautés concrètes, cherchant à revivre l’Évangile dans sa radicalité et son exigence, et en reconnaissant dans l’Église leur raison d’être sans laquelle ils n’existeraient pas. Ils s’insèrent dans la mission apostolique de l’Église dans un esprit de service social à partir de la rencontre personnelle avec le Seigneur, nourrie par la foi enracinée dans l’Église. Ils conjuguent les dimensions christologique, pneumatologique, ecclésiologique et existentielle de la suite personnelle du Christ et de l’expérience de l’Esprit dans l’Église ( ). Le fait est là, nous montrant cette pullulation de nouvelles expressions de VC qui émerge de ces mouvements. Naturellement ils sont aussi marqués par l’ambiguïté de l’histoire et le manque de discernement. Ceci concerne particulièrement les pédagogies que plusieurs de ces formes utilisent.
La pédagogie de la rupture conjugue une dimension d’ancienneté et une autre d’actualité. Les Évangiles et Saint Paul insistent sur la rupture qui signifie suivre Jésus-Christ, embrasser la foi chrétienne. Il existe un péché antérieur, de cécité, du vieil homme, puis la nouveauté de la grâce, de la lumière, de l’homme nouveau. C’est un élément de la plus ancienne et génuine tradition chrétienne.
Néanmoins, y a quelque chose de différent dans la pédagogie de certaines formes nouvelles de vie religieuse. Elles se confrontent à une génération de jeunes qui a très peu de sentiment de culpabilité. Sans entrer dans la discussion interprétative d’un tel fait, les confesseurs constatent chaque jour un plus grand silence des jeunes concernant des actions qui hier étaient la matière principale et répétitive des confessions. Sans aucun doute, la psychologie a exercé un grand rôle dans la déculpabilisation, avec comme conséquence la pas-de-péché des actes.
En une telle situation, quelques mouvements ecclésiaux de rénovation, d’où proviennent plusieurs des nouvelles formes de vie religieus,e ont inversé la pédagogie. Ils sont revenus à frapper sur le même clou, celui du péché, surtout dans le domaine de la sexualité, produisant ainsi un nouveau type de culpabilisation et en réveillant le sentiment d’angoisse. Il est proposé, pour se délivrer de telle situation, le chemin de la conversion, surtout par l’entrée et la participation aux mouvements. C’est le retour au jeu du avant et après. Avant on était immergé dans le péché et dans la médiocrité spirituelle, après on est fervent et participant. De plus, il s’ajoute à ce mouvement de conversion, un aspect de fête et de célébration au moment de l’entrée dans le mouvement ou dans la nouvelle forme de VC. Là se trouve un des pôles d’attraction !
Ce qui facilite beaucoup ce processus c’est le contact avec les personnalités, sans aucun doute, marquantes et extraordinaires, de plusieurs de ces fondateurs, augmentant ainsi la force imprégnante de l’appel à la conversion. En outre, l’admission est empreinte de signes extérieures qui la rendent encore davantage émouvante. Dans une de ces formes religieuses, nées au Brésil, les membres démontrent avec toute simplicité et pureté leur nouvelles manière de vivre. Des personnes du quartier entrent dans leurs maisons, connaissent leur façon de vivre, et participent à l’intimité leur vie. Ils accueillent à l’intérieur de leurs maisons les pauvres et les mendiants, qui arrivent même à dormir dans leurs chambres, pendant qu’eux dorment sur le sol. Et cela se fait sous le regard admiré des visiteurs. Ils vivent un nouveau type d’option pour les pauvres qui s’approche plus du style médiéval et qui répètent presque littéralement l’épopée religieuse de François d’Assise.
On joint à l’expérience de rupture une pédagogie du nid qui offre aux membres un fort sentiment d’appartenance et d’identité. Dans une société aussi fragmentée et caractérisée par un pénible anonymat, ils se sentent être quelqu’un au milieu des autres. La VC remplit un vide existentiel avec la sensation de quelque chose de précieux, de festif. Cela nous rappelle les métaphores que Jésus utilise pour décrire la réalité du Royaume de Dieu : levain, semence, perle, banquet, mariage.
La VC classique est appelée à dialoguer avec ces nouvelles formes, évitant le dilemme de l’alternative : l’une ou l’autre. De plus en plus, on chemine vers une Église pluraliste et la VC aura son rôle dans ce pluralisme. Les deux formes peuvent et doivent se féconder mutuellement. Les nouvelles formes ont beaucoup à apprendre de l’histoire de la VC, et la forme classique est forcé à se regarder et à percevoir ses rides et ses défauts. Il devient nécessaire, dans le concret du quotidien, d’avoir une collaboration au triple niveau de l’expérience de Dieu, de la vie communautaire et de la mission apostolique.
Une autre voie pour la VC est de créer un modèle sacramentel. Cette expression a besoin d’une explication. Derrière cela il y a l’expérience que l’Église a fait au Concile Vatican II. Elle était placée devant un pénible dilemme. D’un côté, une tradition ecclésiologique tridentine et celle aussi de Vatican qui accentuait fortement les éléments extérieurs d’appartenance à l’Église. D’un autre côté, il y a la tradition de la Réforme qui insistait dans le sens opposé. Avec le désir d’être oecuménique, donc, de s’approcher le plus possible des réformateurs, d’un côté, et, d’un autre, de se maintenir fidèle aux éléments fondamentaux, innégociables, de la tradition catholique, le Concile a trouvé avec l’aspect "sacramentum" un pont entre les deux traditions, sortant ainsi de l’impasse.
Il maintient ainsi l’extériorité de la tradition catholique. Il n’y a pas de sacrement sans signe visible. Mais il ouvre l’horizon à la dimension invisible de l’intériorité de la grâce, communiquée, reçue, et accentué davantage dans la source évangélique.
La question fondamentale de ce modèle est de se questionner sur le sens, la signification, la réalité intérieure des règles, des normes, des signes, des symboles, et des pratiques de la VC. Si elles ne favorisent aucune expérience personnelle, intérieure et spirituelle, elles n’ont pas leur raison d’être. À son tour, si l’intériorité ne s’extériorise pas par des signes et des pratiques, on peut craindre que la VC devienne une pure subjectivité arbitraire. Cette structure sacramentale devient critère de discernement. La VC se distance de l’intériorité pure, affirmant l’incarnation de la grâce, comme aussi refuse le pharisaïsme, le légalisme, l’extériorité des rites religieux sans correspondance avec l’expérience intérieure.
Le modèle sacramental essaye donc d’articuler les convictions internes, la conversion du coeur, l’engagement de la conscience, avec les exigences sociales et externes de la vie consacrée à l’intérieur du corps social. Que faire pour que la VC puisse vivre intensément un tel modèle?
Le renforcement des extériorités de certaines formes nouvelles de VC ne répond pas à la conscience de modernité et de post-modernité qui valorise l’intériorité et l’autonomie des personnes. À son tour, la capitulation en face de la post-modernité fluctuante court le risque de se dégénérer en un subjectivisme et une conduite arbitraire mortels pour la VC. Vouloir s’engager à renforcer les signes externes de la VC, selon le goût d’une génération insécure et formée par la culture médiatique de l’apparence, peut avoir un succès immédiat, fascinant et statistique. Cependant, cela ne répond pas à la profondeur de la VC et en est une dangereuse déformation.
Si le chemin de la visibilité se montre, à première vue, un plus grand succès, le choix de la voie opposée de l’intériorité manifeste de manière claire un désaccord. Là aussi il n’a pas d’avenir. Le chemin de l’intimité est incontrôlable et se perd dans une ravage incurable.
La construction du modèle sacramental semble donc en être le chemin. Pour cela, elle a une double responsabilité. En face de la post-modernité fluctuante, il faut offrir des paramètres suffisamment fermes et bien établis. En face de l’extériorité il faut qu’elle se renforce au moyen de l’autorité, allant aux sources de la VC. Nous approfondirons cette proposition.
Il existe des symptômes clairs de l’épuisement de la VC classique, comme nous l’indiquions plus haut. Dans cette situation, la VC est appelé à un mouvement de retour aux sources. Cela signifie reparcourir ses phases de développement, y découvrir les moments d’inflexions, les analyser et les critiquer à la lumière des données présentes, identifiant ceux qui aujourd’hui nous semblent être des déviances et reprendre l’inspiration évangélique première.
Cette tâche est gigantesque. Chaque congrégation pourra le faire en ce qui regarde son développement, depuis le moment initial fondateur jusqu’à aujourd’hui, capter les points d’inflexion et d’éventuels détournements, pour retourner à l’inspiration initiale.
Ce serait long, et dépasserait de loin l’objet d’une conférence que de détecter les étouffements de la VC classique en ces derniers temps, avec cette sensation d’exhaustion, et d’un autre côté, l’apparition des nouvelles perceptions. À la fin de Concile Vatican II, Paulo VI a indiqué à la VC le chemin du retour au charisme initiale. Dans la spécificité de chaque congrégation il y a un point commun et fondamental : la suite de Jésus. Là elle trouve toute son inspiration. Ce sujet a mérité des études détaillées et approfondies. Nous nous rapportons, de manière spéciale, aux textes de Jon Sobrino, qui ont été, à leur tour, réorganisés de manière originale et personnelle dans l’oeuvre de Ir. Vera ( ).
Il ne s’agit pas, fondamentalement, d’en rester à la dogmatique christologique, bien que toujours importante, mais y voir aussi la figure palestine de Jésus, qu l’exégèse moderne redécouvre de plus en plus à partir du kérygme primitif. Ce qui est le plus important c’est la mystique chrétienne d’adhésion passionnée à la personne de Jésus et à son style de vie, comme option et comme expérience fondatrice de la VC.
Dans la vie de Jésus apparaît la centralité du Royaume de Dieu et du Dieu du Royaume. Là, nous y trouvons le rôle unique et singulier du pauvre, de l’exclu, du pécheur, comme premiers destinataires du Royaume et comme les aimés préférentiels de Dieu. Dans la suite de Jésus, le religieux retrouve de nouveau la figure du pauvre dans sa limpidité et son exigence. Jésus-Christ est la porte d’accès à l’expérience de Dieu dans laquelle Dieu et le monde des frères sont inséparables. La manière évangélique de vivre dans la VC implique nécessairement cette ouverture aux pauvres, rendant ainsi significative, pour le religieux et pour ceux du dehors, cette forme de vie. Néanmoins, l’expression historique du pauvre n’a pas toujours le même visage dans les divers moments culturels.
Diverse formes de pauvreté se sont succédées tout au long de l’histoire, mais en chacune d’elle, la réalité du manque de l’essentiel concernant le bien de la vie a été présente. Aujourd’hui, le système néo-libéral les approche encore davantage de la mort. Contre cette toile de fond, d’un pauvre condamné prématurément et injustement à ne pas vivre et à ne pas être accepté par la société, s’impose au religieux la suite de Jésus qui se fait proche de lui.
Il semble évident que quelconque refondation, renouvellement ou revitalisation de la VC passe par la relation avec les pauvres. L’option pour les pauvres est et sera le signe le plus grand de la crédibilité de la VC. Ce n’est pas la question théorique de la pauvreté, qui a préoccupée pratiquement les fondateurs de congrégation religieuse. Mais il s’agit bien de la relation avec la personne du pauvre réel dans ses formes anciennes et actuelles. De par le monde circulent des millions et des millions d’exilés, de fugitifs ayant quitté leur pays pour raisons multiples : économique, pauvreté, chômage, conflits ethniques et religieux, guerres intestines conduites par de grands pouvoirs. Tout cela arrive en plein jour, aux yeux de tous. Ces masses cherchent les pays riches qui, à leur tour, ferment et contrôlent de plus en plus leurs frontières. Une VC aveugle sur ce phénomène d’échelle mondiale passe comme le prêtre et le lévite en marge du blessé. Elle n’a alors pas compris la parabole du bon Samaritain, qui est devenu l’icône de ce Congrès Mondial de la VC.
Un ensemble de facteurs, depuis la pénurie des membres et le rapide vieillissement des personnes, en passant par le poids des oeuvres jusqu’à une nouvelle théologie du laicat, a fait bougé la VC vers une nouvelle et prometteuse relation avec les laïcs.
Dans un moment plus superficiel et immédiatiste, on recherche une collaboration plus intime avec eux afin de prendre en main les oeuvres éducationnelles et assistentialistes, qui sans eux devraient être laissées à cause l’absolue pénurie de religieux. De cette manière, de plus en plus de laïcs se rattachent à elles, même dans des postes de direction, laissant à la congrégation religieuse l’ultime supervision. Dans une ligne plus profonde, quelques congrégations sont en train de partager avec des laïcs/ques la vie à niveau du charisme, de la spiritualité et de la vie communautaire avec des liens même juridiques d’appartenance. Ce phénomène est en train d’arriver pour la forme classique de la VC et devient un tonique commun pour les formes nouvelles de VC. En elles, les modalités originales dépassent la législation canonique actuelle, provoquant des réactions paradoxales d’appui ou de soupçon de la part d’institutions ecclésiastiques. À l’intérieur d’un même mouvement, parfois sous un même toit et parfois différent ils y a des prêtres, des laïcs/ques consacrés par des engagements définitifs, des laïcs/laïques qui pensent se marier ou le sont déjà ( ).
Un mouvement général dans la société a ouvert des perspectives pour la VC dans le domaine des oeuvres et de l’action. Pour des raisons économiques, beaucoup d’institutions ont cherché des partenariats et/ou des tiers. Bien qu’il y ait beaucoup d’ambiguïté et d’incertitudes dans ce type de relations économiques, néanmoins cela peut produire dans le domaine pastoral d’excellents fruits apostoliques. Récemment l’éditorial d’une revue théologique du Brésil se demandait : ne serait-ce pas le moment d’éviter la multiplication de revues théologiques publiées par les différents facultés et instituts en associant plusieurs d’entre elles afin de publier une seule revue ? En élargissant cet horizon à la VC il y a là des possibilités, jusqu’à présent inexplorées, de créer des partenariats et des collaborations avec d’autres institutions semblables, religieuses, ecclésiastiques ou séculières.
En allant encore davantage plus loin dans cette préoccupation de vouloir sortir du petit monde des oeuvres de la congrégation elle-même, se trouvent les défis des "nouveaux mouvements sociaux", tant au niveau régional que mondial. Quelle est, ou quelle sera, la participation de la VC dans le mouvement écologique, pacifiste anti-armement, mouvement d’ethnie, de genre, de défense des droits humains, de la lutte pour la démarcation des terres indigènes, des sans-toît, des sans-terre, sans-patrie, enfin dans une gamme innombrable de mouvements ?
La VC est insérée en pleine post-modernité croissante. Une des traces de ce moment culturel est le scepticisme, l’aversion, le vide de sens, le dégoût existentiel devant l’horizon du futur. Rien ne semble mobiliser les personnes. Elles concentrent toutes les énergies sur "carpe diem" – en cherche la joie du moment présent. Elle se referment sur cela dans un triste narcissisme matérialiste.
Soutenant ce matérialisme narcissique il y a les appui du bonheur chimique et des soins esthétiques du corps. Devant de la moindre douleur physique et du plus petit dérangement psychique, on met la main sur des antidépresseurs d’accès facile. C’est alors la vie euphorique permanente des prozacs. On ne supporte plus le mystère de soi même, de la solitude de l’affection, des échecs, de quelconque souffrance. Et dans cette même ligne, le corps reçoit les soins qui avant étaient donnés à l’esprit. Alors qu’anciennement abondaient les librairies et les bibliothèques et qu’à peine on connaissaient les centres d’entraînement physique, aujourd’hui on ferme les premières et on multiplie les secondes.

Un tel climat atteint de plein fouet les jeunes. Ils sont extrêmement sensibles au double culte du bonheur réussi et du corps parfait. Auprès d’eux, la VC prétend trouver ses disciples, si elle ne veut pas disparaître. Que faire ? On s’attend d’elle une double annonce, non seulement par des mots, mais surtout par le style de vie.
Le premier message est celui de l’espérance. Spes contra spem. Espérer contre toute espérance. La jovialité allègre du religieux, l’enthousiasme de sa manière de vie, le don de soi joyeux pour la mission, tout cela rayonnent l’espoir auprès des jeunes qui ont vieilli précocement, qui se sont vidé du sens de la vie, et donc, qui se perdent dans l’oisiveté sans responsabilités importantes.
Les relations, que beaucoup de jeunes ont établi entre eux, se sont défraîchies, et s’est en allé aussi la fraîcheur de l’amour pour glisser dans un pauvre usufruit du corps de l’autre. Ils ont appris beaucoup sur le sexe et ont désappris sur l’amour. C’est là que la jeune VC a beaucoup à annoncer. La nouveauté de l’amour pur, qui traverse la vie de beaucoup de groupes de jeunes hommes et de jeunes femmes consacrées par un même charisme et proche par le travail et l’habitation, montre le miracle de la pureté quand celle-ci semblait aigrement condamnée à l’oubli.
Il ne faut pas être néanmoins ingénus ni romantiques. Il y a des retours dangereux dans les deux les extrémités. Les cantilènes moralisantes et répressives de d’autres temps reviennent et colorient de pureté verbale les relations ambiguës. L’équilibre et la maturité dans les relations, dans les rencontres, continueront à être un défi permanent, surtout chez les jeunes générations où l’affectivité ouverte est à fleur de peau, où peuvent s’infiltrer le discours sombre de la peur où le lyrisme verbal.
L’espoir et l’amour sous des formes renouvelées sont des signes d’une aube qui naît, a écrit J. Delumeau ( ). Dans les heures de plus grande crise, nous retournons aux éléments fondamentaux et originels. Quand tout semble être balancé, nous concentrons nos efforts sur les points fixes de l’existence. L’espérance et l’amour sont les deux réalités les plus importantes pour l’existence humaine. Il vaut la peine de se rappeler encore une fois la grande figure de K. Rahner. Après le Concile Vatican II, lors de la première conférence publique qu’il a fait à Muniche, il disait : "tout ce qui se fait dans l’Église, tout ce qui est institutionnel, juridique, sacramental, tout mot, toute action, ainsi que toute réforme de quelconque élément ecclésial, en dernière analyse, - si c’est bien compris, et non avec un arrière goût de personnalisme -, est un service, un pur service, une simple offre d’aide en faveur de quelque chose d’entièrement différent, de quelque chose de tout simple et pour cela même, d’ineffablement difficile et sacré. Ce quelque chose est la Foi, l’Espérance et l’Amour, qui doivent être déposés dans le coeur des hommes. Pour utiliser un exemple pris de la science profane, nous pouvons dire que c’est quelque chose de très semblable au processus d’extraction du radium. On sait qu’il est nécessaire d’excaver une tonne de minerais d’uranium pour obtenir 0.14 grammes de radium. Et, malgré cela, il vaut la peine de faire un tel effort ". "C’est ainsi qu’un Concile cherche le coeur de l’homme, un coeur qui, croyant, espérant et aimant, cède et se livre au mystère de Dieu. S’il n’en était ainsi, le Concile ne serait pas plus qu’une horrible représentation théâtrale et une autolâtrie de l’homme et de l’Église " ( ). Cela vaut pour le Concile comme pour la VC en ce moment actuel comme le dit Saint Paul dans l’hymne à la charité : "J’aurais beau posséder le don de la prophétie et connaître tous les mystères et toute la science, avoir la foi qui fait transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien " ( 1Cor 13, 2).
La dimension d’agapè de la VC est son plus grand signe de crédibilité. "Seul l’amour est digne de foi", écrivait H. Von Balthasar ( ).Le rajeunissement de la VC dépendra des signes d’amour qu’elle saura manifester en son intérieur et au dehors de lui. Dans un monde extrêmement commercialisé, basé sur l’intérêt, le profit, sur ce que l’on va gagner, la gratuité est une rupture, comme un vrai matin lumineux d’une autre société. Dans les débuts de tout rameau religieux inaltéré , elle est présente. Lorsqu’un quelconque intérêt économique s’émisse, on perd alors la transparence des eaux originales. Le système et la mentalité économiques d’aujourd’hui rendent grandement difficile aux religieux de vivre et de témoigner la gratuité. C’est rare et difficile. Il faut lui réinventer de nouvelles formes. En étroite relation avec la gratuité se trouve l’esprit de service et de pauvreté. Les deux - service et pauvreté – nous présentent l’angle sous lequel doit être reprise, de manière nouvelle, la relation entre profession et vocation. L’esprit de service est la qualité de quelconque travail professionnel et activité qu’un religieux doit manifester. C’est la vocation qui donne une touche de grâce et de beauté spirituelle à la profession.
L’esprit de pauvreté et de simplicité sont la réponse de la VC au consumérisme. On raconte que, lors d’un passage par un shopping, le P. Arrupe commentait : "De combien de chose je n’ai pas besoin!".
Et plus : la VC maintient une inévitable dimension eschatologique. Elle offre en même temps au religieux, l’étonnante liberté en face du présent et l’engagement sans limite dans ce même présent. Parce qu’à l’intérieur de lui existe le définitif au-delà de l’histoire. Le définitif, l’éternel ne sont pas des dimensions qui s’ajoutent au réel, au présent, mais qui les traversent et en dépassent le temps. Le définitif commence dans le présent. Il sera seulement ce qu’il a été.
Un dernier point. En paraphrasant K. Rahner qui a dit : "je crois parce que je prie" ( ), nous sommes religieux parce que nous prions. L’expérience de la prière nourrit la VC. Sans elle la source sèche. Quelconque retour aux origines de la VC implique une visite nouvelle et fraîche aux eaux pures de la prière.


En guise de conclusion : Le Problème vocationnel

Le parcours a été long. Et le future de la VC ? Il dépend, selon la loi évidente de la biologie, de l’arrivée de nouvelles générations. Donc, le problème vocationnel est crucial.
Les nouveaux mouvements ont créé une stratégie intéressante sous forme de "cercles concentriques". Ce n’est pas nouveau, mais ils l’emploient avec beaucoup de succès. Cela consiste à diviser les jeunes par cercle de différent niveau de participation, de formation et d’exigences et donc de les travailler différemment. Il y a un cercle plus étroit qui suppose la vie religieuse à temps intégral et sous la forme de consécration, établissant avec l’Institution religieuse des liens étroits et juridiques, à l’intérieur de ce groupe il y aura toujours ceux qui sont plus avantagés et ceux qui reçoivent davantage. C’est le cercle restreint qui comporte toujours des cercles plus petits avec de plus grandes exigences et formation. Ensuite vient un cercle plus grand de ceux qui fréquentent le mouvement, qui sympathisent avec lui, mais sans s’attacher institutionnellement. Naturellement là il est possibles d’avoir des niveaux de plus grande ou moindre proximité. Il y aussi ceux qui maintiennent des contacts épistolaires et de collaboration, qui reçoivent le petit journal ; enfin il y a ceux qui établissent une liaison plus éloignée, mais réelle. En pratique, beaucoup vont changer de cercle, en entrant chaque fois dans un cercle moindre avec un plus grand engagement.
Ce projet pédagogique permet d’innombrables possibilités d’articulations selon les circonstances. L’important est l’intuition de travailler de façon différenciée et progressivement avec la nouvelle génération. Tous ne commencent pas avec l’enthousiasme et la générosité de ceux qui forment le noyau le plus stable et sont compromis. Aucune attache ne devrait être perdue, la plus ténue qu’elle soit. Ainsi, autour du petit noyau de membres les plus compromis il pourra y avoir d’autres cercles de personnes chaque fois plus engagées. Avec les ressources de l’informatique il est pensable d’établir des cercles virtuels, dans lesquels ils contactent le mouvement et sont par lui atteints au travers des voies de communication informatique.
Li risque, quand il y a peu de poissons dans la mer, est de se satisfaire avec des pèches de quelconque type, abaissant le niveau d’exigence dans le domaine spirituel et intellectuel des candidats. Le passage de Jean est une la parabole expressive pour vocation. "Les deux disciples ont entendu et ont suivi Jésus. Alors Jésus s’est tourné vers eux, et voyant qu’ils le suivaient, leur a demandé : "Qui cherchez-vous?" Ils lui ont répondu : "Rabi - qui veut dire Maître - où demeures-tu?" Il leur dit : "Venez et voyez". Ils y ont été, ils ont vu où il restait, et sont demeurés auprès de lui ce jour-là. C’étaient presque les quatre heures de l’après-midi " (Jn 1, 37-39).
La question est de savoir si nous avons le courage de faire cette demande de Jésus et donner la même réponse que lui. Qu’avons nous à montrer ? Le zèle de l’activité missionnaire, la foi d’une vie contemplative, le sens ecclésial, le discernement dans la prière, la vie communautaire fraternelle et simple ?
Les études statistiques nous aident à avoir une idée de la population qui nous fréquente. En ce qui concerne le Brésil, les vocations font un parcours qui permet d’apporter des questionnements sur son authenticité. Ils passent de couches sociales plus pauvres à un style de vie moyen et d’abondance, du monde agricole au monde urbain, du travail aux études, de l’école publique aux études de meilleure qualité, du manque de statut social à un statut social reconnu, du transfert affectif de la structure père/mère à l’institution/formatrice ( ). En outre, la difficulté que les formateurs ont pour découvrir les conflits des personnes en formation s’accroît.
La post-modernité est en train de former une génération différente qui nous permet aussi d’apercevoir des aspects prometteurs et d’envisager une nouvelle forme de VC. La nouvelle génération a la capacité de vivre le plaisir en étant sensible au ludique et à la fête ; elle valorise le corps et la propre subjectivité sans se laisser facilement dominer ; elle développe un sens d’autoévaluation joint à une attention de soi-même et à une intimité propre, comme défense devant une société dangereuse, violente et fragmentée; elle perçoit ses propres limites, mais avec une forte auto-affirmation en réponse à l’insécurité quant à sa propre réalisation; elle se révolte face aux institutions rétrogrades et s’impatiente face aux autorités despotiques; elle manifeste un sentiment d’appartenance envers les expériences horizontales, démocratiques ; elle cultive des liens d’amitié à l’intérieur des groupes qui ont des désirs de vie communautaire et fraternelle avec une prière partagée, une vie personnelle et une mission ouverte aux amitiés avec des personnes au dehors de la communauté ; elle prolonge les délais de décisions importantes pour ne pas risquer une vocation incertaine ; elle a une plus grande tolérance et elle a moins de préjugés et discrimination par rapport à la la race et aux comportements déviants ; elle possède une sensibilité pour de multiples formes de vie ; elle attribue de l’ importance au quotidien, au petit, à l’individuel, à la participation dans la transformation des micro- institutions, pariant sur la flexibilité institutionnelle de la VC ; elle demande une transparence de l’institution et du pouvoir dans ses décisions, surtout dans domaine économique, des relations sociales et de travail ; elle croit dans la gestion communautaire ; elle révèle une croissante mentalité écologique, pacifiste, et libératrice en regard du genre ( ).
Une jeune fille en formation résume bien la conviction post-moderne de la vocation: "Face à un Dieu si généreux, qu’il donne nous une, deux, trois vocations à travers lesquelles nous pouvons nous réaliser. Pour un Dieu aussi proche et devant une culture aussi relativiste que la nôtre, la vocation est de loin bien plus importante en son bonheur qu’en sa permanence. La vocation passe d’éternel - dès le ventre maternel j’ai été choisi ! - à relative et temporaire - pour la liberté j’ai été appelé. Serait-ce que la vocation ne vaut plus autant qu’avant ? Serait-ce que Dieu change d’avis ? Lui non, mais nous... ( ).


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