Oct 19, 2021 Last Updated 7:03 AM, Oct 19, 2021

La vie religieuse après le 11 septembre-quels Signes offrons-nous ?

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TIMOTHY RADCLIFFE, OP

Nous vivons dans l’ombre du 11 septembre. Nous nous rappelons tous où nous étions ce jour-là. Ce n’est pas uniquement parce que ce fut un événement terrible. Depuis, les gens ont enduré de plus grandes souffrances dans de nombreux endroits comme au Darfour. C’est plutôt un symbole du monde que nous habitons en ce début du nouveau millénaire. Qu’a-t-elle à dire à ce monde nouveau, la vie religieuse?
C’est un monde qui est marqué par un paradoxe. Nous sommes toujours plus étroitement liés par la communication immédiate. Nous vivons dans le petit monde intime du village planétaire. Nous sommes toujours plus marqués par une culture mondiale unique. Partout les jeunes portent les mêmes vêtements, écoutent les mêmes chansons, et rêvent les mêmes rêves. Et s’ils ne peuvent se procurer les vraies marques, ils ont la possibilité de s’acheter des imitations à bon marché. Il est évident qu’ils sont souvent davantage marqués par l’identité d’une génération que par une identité locale. Nous habitons tous et toutes le MacMonde, la planète Pepsi ou la culture Coca.
D’autre part, c’est un monde qui est toujours plus profondément divisé par la violence religieuse. Sur toute la planète, chrétiens, juifs, musulmans, hindous et bouddhistes règlent leurs comptes les uns avec les autres de manière agressive. En Irlande du Nord, dans les Balkans, au Proche Orient, en Inde, en Indonésie, au Nigéria et tant d’autres lieux, la communication semble s’être interrompue. C’est précisément l’intimité du monde entier rapproché qui provoque la violence. La plupart des meurtres sont commis chez soi, par des gens qui sont proches les uns des autres, et dans ce village planétaire, nous sommes tous/toutes voisins(ses). Qu’a-t-elle à dire, la vie religieuse, à ce monde rapproché et violent ? Et qu’a-t-il à nous dire ce monde ?
Je centrerai mon exposé sur trois aspects de notre culture. Tout d’abord, il y a une crise des sans-abris. Nous habitons tous et toutes le village planétaire, mais le 11 septembre en a révélé la violence cachée. Comment pouvons-nous, religieux et religieuses, être signe de la maison commune de l’humanité en Dieu ? Deuxièmement, quel est l’avenir qui nous attend ? Le 11 septembre symbolise le début d’une ère qui semble n’offrir qu’un avenir de violence. Troisièmement, devant cette incertitude, se développe une culture de contrôle, la lutte pour l’hégémonie. Face à chacune de ces réalités, la vie religieuse incarne une parole d’espérance. Il y a un quatrième sujet fondamental mais dont je parlerai à peine : la culture de consumérisme et le vœu de pauvreté. Je n’en dirai rien parce que c’est tellement évident. Bien des personnes ont écrit sur notre témoignage de pauvreté dans la culture de place du marché, aussi ai-je préféré considérer d’autres sujets un peu moins évidents.

La crise des sans-abris
Beaucoup d’entre vous semblent souffrir du décalage horaire. Vous êtes arrivé(e)s en avion de toutes les parties du monde. Nous habitons le village planétaire. Ma famille dit souvent avec envie, « Entrez chez les Dominicains pour voir le monde ». Tous les matins, lorsque nous ouvrons nos courriels, il y a des messages de toute la planète. Nous sommes citoyens d’un monde nouveau dans lequel, pour beaucoup de gens, l’espace n’a plus grande importance. Fukuyama a parlé de la fin de l’histoire, et Richard O’Brien a ajouté, ‘la fin de la géographie’ . Zygmunt Bauman écrit que « dans le monde que nous habitons, la distance semble de peu d’importance. Parfois elle semble n’exister que pour être supprimée ; comme si l’espace n’était qu’une constante invitation à l’ignorer, à le réfuter et à le nier. L’espace a cessé d’être un obstacle – il suffit d’une fraction de seconde pour le vaincre. »
Ceci ressemblerait presque à une anticipation de nos espérances eschatologiques. Lorsque Jésus rencontre la Samaritaine, il promet qu’un temps viendra où ce ne sera ni sur la montagne des Samaritains ni à Jérusalem qu’on adorera Dieu, « mais en esprit et en vérité ». Dans notre deuxième texte, le Bon Samaritain s’éloigne de l’espace sacré de Jérusalem. Lorsqu’il prend soin de l’homme blessé tombé aux mains des malfaiteurs, un sacrifice est offert à Dieu sur le bord de la route. Le christianisme nous libère d’une religion d’espaces sacrés pour nous faire entrer dans la Trinité, « Dieu, ce centre qui est partout, et dont la circonférence n’est nulle part. » Le cyberespace ressemble un peu à l’accomplissement de la promesse chrétienne. Margaret Wertheim écrit que, « tandis que les premiers chrétiens annonçaient le paradis comme un royaume dans lequel l’âme humaine serait libérée des fragilités et des faiblesses de la chair, les champions cybernautes d’aujourd’hui le voient comme un lieu où le ‘moi’ sera libéré des limites imposées par l’incarnation physique.»
Le 11 septembre symbolise la distance entre notre village planétaire et le Royaume où habitera toute l’humanité. Ce jour-là, la violence cachée de notre culture mondiale est devenue visible. En fait, notre planète souffre d’une multiplication des sans-abris. Nous sommes mal à l’aise dans le village planétaire. Tout d’abord, nous qui sommes à ce Congrès, nous avons pu obtenir des visas et franchir les contrôles d’immigration. Mais des millions de personnes tentent de voyager, de fuir la pauvreté ou l’oppression, et ne le peuvent pas. Il y a un vaste déplacement de peuple, qui est à la recherche d’un nouveau domicile. L’Europe est en train de construire des murs pour arrêter les foules qui désirent entrer. À aucun moment de l’histoire on n’a vu autant de gens vivre en camps de réfugiés et être littéralement sans domicile.
Même ceux qui restent chez eux sont en un sens des personnes déplacées. La communauté humaine se fracture de plus en plus sous l’effet d’une escalade d’inégalités. La communication moderne signifie que, chaque jour, les pauvres peuvent apercevoir le paradis des riches sur leur écran de télévision, mais ils restent à la porte. Les nomades financiers qui gouvernent notre monde peuvent déplacer leur argent là où ils veulent. Ils n’ont aucun engagement envers les travailleurs de quelque pays que ce soit. Si la main d’œuvre devient trop onéreuse en Angleterre, ils peuvent déménager au Mexique, et ensuite en Indonésie. Bauman écrit : « Les brèves rencontres remplacent les engagements à long terme. On ne plante pas un citronnier simplement pour presser un citron. » Ceci a produit une terrible incertitude. Même les employés ne peuvent être sûrs d’avoir du travail le lendemain. Certains économistes nous présentent l’image d’un monde inoffensif de libre échange. Mais notre maison est toute déformée par des barrières douanières, des tarifs commerciaux et des subventions qui excluent les nations pauvres. Elle tient en partie grâce à des réseaux vicieux d’argent blanchi, à des mafias criminelles, au commerce de la drogue, à la vente de femmes et d’enfants pour la prostitution, au trafic d’organes et d’armes.
Finalement, il y a imposition d’une culture planétaire qui en fait est occidentale, et américaine pour une large part. Jean Baptiste Metz déclare que « depuis longtemps, les pays non-occidentaux font l’objet d’une ‘seconde colonisation’ », par l’invasion de l’industrie de la culture occidentale avec ses mass médias, particulièrement la télévision qui emprisonne les gens dans un monde factice, un monde d’illusion. Ces gens deviennent ainsi de plus en plus étrangers aux images de leur propre culture, à leur langue d’origine et à leur histoire. Il est d’autant plus difficile de résister à cette colonisation de l’esprit qu’elle se présente comme un poison enrobé de sucre et parce que la terreur de cette industrie de la culture occidentale agit en douceur, non comme une aliénation mais comme un narcotique. » Nous sommes des êtres « sans ancrage » dont les vieilles demeures confortables sont en train d’être démantelées. Le 11 septembre, l’immense colère provoquée par tout cela a explosé au cœur du monde occidental.
D’où cette crise des sans-abris, à la fois de façon littérale et culturelle. Face à cela, une réaction largement répandue c’est de bâtir des communautés regroupant des gens de même sensibilité, avec lesquels on puisse se sentir en sécurité et à l’aise. Une question de Mme Thatcher à propos d’un rival politique est restée célèbre: « Mais, est-il vraiment l’un des nôtres ? » Nous en sommes arrivés à avoir peur de la différence. Richard Sennet écrit : « L’image de la communauté est purifiée de tout ce qui ressemble à une différence, pour ne pas dire conflit, dans notre façon de comprendre qui « nous » sommes... Sous cet aspect, le mythe de la solidarité communautaire est un rite de purification… Ce qui caractérise ce partage mythique dans les communautés c’est le fait que les gens ont l’impression d’une appartenance réciproque, et de la possibilité de partager, parce qu’ils sont semblables. »
Cette recherche de nos semblables se constate partout, depuis Internet jusqu’aux groupes religieux. Sur Internet les gens ‘surfent’ à la recherche d’autres personnes qui partagent leurs intérêts et leurs goûts, qu’ils soient politiques, sportifs ou sexuels. Et s’il surgit des différences, alors on peut simplement couper le contact et changer d’adresse de courriel. Les groupes fondamentalistes religieux regroupent aussi des gens de même sensibilité. J’ai le sentiment que la polarisation à l’intérieur de l’Église catholique aujourd’hui s’enracine en partie dans la souffrance de vivre avec ceux et celles qui ne sont pas comme nous. L’Église a toujours souffert de fractures causées par des batailles, depuis l’époque où Pierre et Paul se sont expliqués à Antioche. Ce qui est nouveau, c’est notre difficulté à passer par-dessus ces divisions, en adoptant un langage commun. Nous n’arrivons pas à trouver des mots pour établir la communion avec ceux qui sont différents, même à l’intérieur de l’Église.
Or, dans cette crise de domicile, la vie religieuse a certainement une vocation urgente à être signe de la vaste demeure de Dieu, de la large ouverture du Royaume, où chacun peut se sentir chez soi et s’y sentir à l’aise. Si nous nous sentons chez nous dans l’immensité de Dieu, alors nous pouvons nous sentir chez nous avec n’importe qui, et cela de toutes sortes de manières. Des milliers de religieux, frères et sœurs, ont simplement quitté leur maison pour se sentir chez eux parmi les étrangers. De petites communautés de sœurs s’installent dans des villages musulmans depuis le Maroc jusqu’en Indonésie, apprenant à habiter les langues étrangères, mangeant de la nourriture étrangère, s’enfouissant dans l’épaisseur d’autres manières d’être humain.
Nous nous ouvrons aussi à des différences culturelles et ethniques à l’intérieur de nos propres communautés. J’ai traversé le Burundi en voiture alors que tout le pays était en feu, pour visiter un monastère de nos sœurs contemplatives dans le nord du pays. La moitié de la communauté était Tutsi et l’autre moitié Hutu. Elles avaient toutes perdu leurs familles, sauf une novice. Et pendant que je me trouvais là, le curé de sa paroisse a téléphoné pour lui dire que ses parents avaient été assassinés. Et pourtant elles vivaient ensemble dans la paix. Seule une profonde vie de prière et leur effort incessant pour tisser la communion rendaient cela possible. Chose capitale, elles écoutaient ensemble les nouvelles à la radio, et partageaient les chagrins les unes des autres. Dans un pays brûlé à la terre toute brune où personne ne pouvait semer de récoltes, leur colline était verte parce que n’importe qui pouvait venir en sécurité y faire pousser de quoi manger : une colline verte sur une terre toute brune est un signe d’espérance.
Pour nous dans la vie religieuse, la différence la plus rude à accepter n’est peut-être pas ethnique ou culturelle ; elle est théologique. Je puis me sentir à l’aise avec un frère venant d’un autre continent. Mais puis-je me sentir profondément chez moi avec quelqu’un qui a une autre ecclésiologie ou une autre christologie ? Sommes-nous capables de tendre la main par-dessus les fractures idéologiques de notre Église ? Or, nous ne pouvons être signe de l’immensité de Dieu qu’à ce prix. Les communautés de gens de même sensibilité sont de faibles signes du Royaume.
Ceci exige de nous bien plus qu’une tolérance mutuelle. Nous devons vraiment oser exprimer nos désaccords. Cela exige de nous une attention mutuelle qui nous fasse dépasser les étroites limites de nos propres sympathies et de notre langage. Est-ce que j’ose me laisser toucher par l’imagination de l’autre et entrer dans la terre de ses espérances et de ses peurs ? Nous devons nous lancer résolument dans une ouverture croissante de nos cœurs et de nos esprits, dans ce que Thomas d’Aquin appelle latitudo cordis, qui nous fasse entrer dans la vaste demeure qu’est Dieu.
Dans le livre intitulé Larry’s Party, la romancière canadienne Carol Shields étudie comment le langage nous offre une demeure. Le premier mariage de Larry a échoué parce que sa jeune femme et lui n’avaient pas un langage assez vaste où se trouver et s’aimer. Finalement, lorsqu’ils se réconcilient c’est parce que leur langage est devenu assez spacieux pour qu’ils puissent s’y trouver ensemble pour la première fois. Larry demande : « C’était cela notre problème ? C’était parce que nous ne connaissions pas assez de mots ? » Être signe de la maison commune de l’humanité en Dieu exige que nous recherchions les mots qui sont assez larges pour que nous puissions vivre en paix avec les étrangers. Ces étrangers peuvent être des gens d’une autre croyance ou d’un groupe ethnique différent. Mais la manière indispensable de se préparer à cela et de mesurer l’authenticité de cette préparation, c’est de rechercher les mots qui jettent des ponts à travers la polarisation, à l’intérieur même de notre propre Église et de nos congrégations.
Voilà l’obéissance dont nous avons besoin aujourd’hui, et particulièrement après le 11 septembre. Ce n’est pas une obéissance faite de soumission aveugle aux ordres des supérieur(e)s religieux(ses). C’est plutôt cette profonde attention à ceux qui parlent des langages différents, et vivent de sympathies et d’imaginations différentes. C’est ce contact ascétique avec d’autres géographies de l’esprit et du cœur, même au sein de nos propres communautés, qui nous fasse sortir des prisons étroites séparant les êtres humains les uns des autres. C’est une obéissance créative dans laquelle nous recherchons ensemble des mots anciens et des mots nouveaux, et qui apporte air frais et bien-être les un(e)s avec les autres. Les communautés religieuses devraient être des creusets de langage renouvelé.
Un soir à Rotterdam j’ai rencontré des jeunes et je leur ai demandé pourquoi ils venaient encore à l’Église alors que leurs contemporains ne le font plus. Ils ont eu du mal à répondre. Et puis, à minuit un jeune homme qui s’était débattu avec cette question est revenu avec une lettre pour moi. Il expliquait qu’il était venu dans notre communauté parce que là il pouvait utiliser des mots qu’il ne pouvait plus utiliser chez lui : des mots comme « Gloire à Dieu », saint, des mots de louange et de sagesse. Il avait besoin d’un lieu où il pourrait partager ces mots avec d’autres personnes et se sentir chez lui dans ces mots.

Vivre sans histoire
Un chez soi, ce n’est pas uniquement le genre d’espace que nous occupons, avec ses murs mentaux et ses fenêtres, ses exclusions et ses inclusions. Nous avons aussi besoin de nous sentir chez nous dans le temps. Nous avons besoin de vivre dans une histoire qui embrasse un passé et regarde vers un avenir. Nous faisons notre demeure à l’intérieur des histoires de nos ancêtres, et nous sommes à l’aise dans un espoir partagé pour l’avenir, avant et après la tombe. Nous pouvons nous sentir en paix parce que nous savons en gros où nous situer dans le scénario. Dans l’hindouisme par exemple, il y a quatre étapes dans la vie d’un homme : étudier, diriger une maison, aller habiter la forêt, et pour finir, renoncer à tout. On peut se retrouver dans ce récit partagé de vie humaine. Le 11 septembre a changé les histoires que nous racontons de nous-mêmes et de notre monde. Il a encore accentué notre sentiment de ne plus avoir de maison. Nous n’avons plus d’histoire du futur dans lequel nous sentir chez nous.
Pour simplifier à l’extrême, voici la deuxième grande transformation du temps que l’occident a traversé ces dernières années. Dans mon enfance nous étions encore soutenus par un optimisme foncier. Il y avait une confiance partagée dans le progrès de l’humanité. Pour certains l’humanité marchait sans doute vers un paradis capitaliste et pour d’autres c’était un paradis communiste. Mais l’Est et l’Ouest, la gauche et la droite partageaient la conviction qu’il y avait une plus longue histoire à raconter, et que l’humanité était en route vers un monde meilleur. Cette confiance en l’avenir a commencé à s’éroder après la chute du mur de Berlin. Selon la phrase célèbre de Fukuyama, et qu’il regrette depuis, l’histoire a pris fin. On a proclamé la chute du communisme comme l’arrivée de l’humanité à sa destinée. L’avenir était là et il ressemblait à l’Amérique. Et puis, il y a eu la naissance de la « Génération Maintenant », qui a cessé de rêver l’avenir. Il y a eu aussi un sentiment de désespoir croissant chez les laissés pour compte de ce rêve capitaliste. Les inégalités dans le monde ont poursuivi leur escalade. Des continents entiers, l’Afrique en particulier, se sont trouvés enfermés dans une pauvreté qui semblait inguérissable.
Avec le 11 septembre, nous entrons dans un troisième moment où il y a encore une histoire à raconter sur l’avenir, mais c’est une histoire sans aucune promesse, si ce n’est de plus de violence. Pour les uns c’est «la guerre au terrorisme » et pour le autres c’est le jihad contre l’Occident corrompu. Ce n’est pas une histoire dans laquelle quelqu’un peut se sentir à l’aise ou chez lui. Quel signe de la demeure de l’humanité la vie religieuse peut-elle donner ?
Tout d’abord, une chose que nous ne faisons pas c’est offrir une histoire alternative de l’avenir. Le vingtième siècle a été crucifié par ceux qui déclaraient connaître l’itinéraire de l’humanité. Des millions de gens sont morts dans les goulags soviétiques, tués par ceux qui savaient où se dirigeait l’humanité. Cette année je me suis rendu pour la première fois à Auschwitz. À l’entrée du camp, il y a une carte qui le montre au centre d’un réseau de lignes ferroviaires, allant de la Norvège à la Grèce, de la France à l’Ukraine, et qui transportaient les gens vers leur mort. Ici se trouvait littéralement la fin de la ligne, imposée par ceux qui planifiaient l’avenir de l’humanité. Pol Pot a massacré un tiers de tous les Cambodgiens parce qu’il savait quelle l’histoire il fallait raconter sur l’avenir. Le fait lui-même que le capitalisme impose sa carte routière appauvrit des millions de gens. Nous nous méfions à juste titre de ceux qui prétendent connaître le plan d’ensemble.
L’histoire qui a fondé le christianisme est précisément celle du moment où nous avons cessé d’avoir une histoire à raconter sur l’avenir. Les disciples, il n’y a pas de doute, sont partis pour Jérusalem, soulevés par la pensée de ce qui allait se passer : la révélation de Jésus comme Messie, les Romains jetés hors de Terre Sainte ou quelque chose de semblable. Comme les disciples sur la route d’Emmaüs l’avouaient à Jésus : « Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël » (Luc 24, 21). Quelle que soit l’histoire qu’ils racontaient avant, celle-ci s’écroulait à présent. Judas avait vendu Jésus ; Pierre allait le trahir. Les autres disciples fuiraient de peur. Devant cette passion et cette mort, ils n’avaient pas d’histoire à raconter. Au moment même où cette fragile communauté s’effondrait, Jésus prit du pain, le bénit et le leur donna en disant « Ceci est mon corps livré pour vous. »
Le paradoxe du christianisme est qu’il nous offre une demeure dans le temps mais non pas en nous racontant une histoire du futur. Nous n’avons pas de carte routière. Nous ne pouvons pas ouvrir le livre de l’Apocalypse et dire « Hé les gars ! cinq fléaux de passés, il n’en reste plus qu’un ». Nous croyons que nous sommes en route vers le Royaume de Dieu où la mort mourra et où toutes les blessures seront guéries, mais nous n’avons aucune idée de la manière dont nous y parviendrons. Après le 11 septembre, alors que certains sont séduits par l’éternel présent de la « Génération Maintenant » et que d’autres racontent des histoires qui ne promettent que violence, nous offrons une bonne nouvelle. Notre espérance n’est pas liée à quelque histoire particulière de l’avenir. Jésus a incarné cette espérance dans un signe : du pain rompu et partagé, une coupe de vin passée autour de la table. Comment les religieux et religieuses peuvent-ils (elles) être signes de cette espérance ?
L’une des manières, c’est d’oser embrasser notre avenir incertain avec joie. Nos vœux sont un engagement public à rester ouvert(e)s au Dieu des surprises qui bouleverse tous nos plans pour le futur et nous demande de faire des choses que nous n’avions jamais imaginées. On dit que si vous voulez faire rire Dieu, il faut lui parler de vos projets. Essayez d’en parler aussi à vos frères et sœurs ! Lorsque j’ai passé l’examen canonique pour la profession solennelle, j’ai dit que je serais heureux de faire à peu près n’importe quoi, sauf être supérieur. Les frères ont pensé autrement ! Mais nous nous ouvrons à cette incertitude avec la joyeuse liberté des enfants de Dieu. Václav Havel écrit que cette espérance « n’est pas la conviction que telle chose se passera bien, mais la certitude que cette chose a du sens, indépendamment de la façon dont elle tourne. » Notre joie est de savoir que nous découvrirons un jour que, pour quelque raison, nos vies ont du sens, avec leurs triomphes et leurs défaites, si insignifiantes qu’elles puissent paraître parfois pour le moment. Le sens de nos vies est le mystère de Dieu, pour lequel les mots nous manquent.
Une fois de plus, le vœu d’obéissance est le signe le plus clair que nous laisserons Dieu continuer à nous surprendre. Nous remettons notre vie entre les mains de nos frères et sœurs, pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent. Ceci n’est pas une régression vers une passivité infantile. Nous restons des gens intelligents qui ont leur mot à dire dans leur avenir. Aujourd’hui, peu de religieux(ses) seraient prêt(e)s à planter un chou la tête en bas ! C’est plutôt une libre acceptation du fait que nous ne sommes pas les seuls auteurs de nos histoires. C’est un geste eucharistique, à la suite de Jésus qui s’est remis entre les mains des disciples en disant : « Ceci est mon corps et je vous le donne ». Et les jeunes ne seront attirés vers nous que s’ils voient que nous sommes impatients de recevoir le don de leur vie et d’utiliser ce don de façon courageuse. Récemment j’ai rencontré une sœur à une conférence aux États Unis qui disait qu’en trente ans de vie religieuse, sa congrégation ne lui avait jamais demandé quoi que ce soit. Elles n’avaient pas osé !
Notre vœu de chasteté est aussi la promesse de rester ouvert(e)s aux surprises que Dieu nous réserve. Nous renonçons à une relation qui exprime l’espérance d’un scénario prévisible, un amour stable pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Au lieu de cela nous promettons d’aimer et d’accepter d’être aimé(e)s, sans savoir très bien à qui nous confions notre cœur. Quand je suis arrivé à la profession solennelle, cela m’a été de loin l’acte de confiance le plus difficile à faire. Est-ce que je finirais tout seul, tel un vieux bâton desséché ? Est-ce que mon cœur resterait vivant ? Par ce vœu, nous croyons que Dieu nous donnera des cœurs de chair, par des chemins que nous ne pouvons prévoir à l’avance.
Hélas ! pour la plupart d’entre nous, c’est à peine si le vœu de pauvreté nous engage à quelque incertitude. Dans de nombreuses régions du monde, l’un des attraits de la Vie Religieuse est qu’elle offre une sécurité financière et toutes les ressources d’une fortune assurée. Au Synode sur la Vie Religieuse, le Cardinal Etchegarray appela les religieux et religieuses à embrasser une pauvreté plus radicale. Si les gens voyaient une réelle précarité dans notre pauvreté, alors quel signe d’espérance ce serait !
Notre vie consacrée par les vœux ne sera signe que si nous la vivons avec joie. Alors on verra que nous nous sentons chez nous dans cette incertitude, à l’aise dans le fait de ne pas connaître d’avance le plan et l’histoire de notre vie. Nous pouvons avec bonheur nous reposer sur cette conviction de découvrir un jour que nos vies ont un sens, même si pour le moment, il nous arrive parfois de ne pas pouvoir le définir, parce que ce sens, c’est Dieu lui-même.
St Augustin dit : « Chantons Alleluia ici-bas tandis que nous sommes encore inquiets, afin de pouvoir le chanter un jour là-haut lorsque nous serons libres de tout souci. » L’un de mes amis proches dans l’Ordre est un Dominicain français qui s’appelle Jean-Jacques. Il a fait des études d’économie, il est allé en Algérie pour étudier l’irrigation, apprendre l’arabe, il a enseigné à l’université là-bas. C’était dur mais il était profondément content. Et puis un jour, son Provincial lui a téléphoné pour lui demander de revenir et d’enseigner l’économie à l’université de Lyon. Il a été complètement démonté ; il était chagriné, et puis il s’est souvenu de la joie d’avoir donné sa vie sans condition. Alors il est sorti acheter une bouteille de champagne pour faire la fête avec ses amis. Quelques années plus tard j’ai été élu Maître de l’Ordre et je cherchais désespérément quelqu’un que je connaisse pour le Conseil Général. J’ai fini par retrouver Jean-Jacques et je lui ai demandé de venir. Il m’a demandé s’il pouvait réfléchir. J’ai dit oui. Il m’a demandé de prendre un mois. Je lui ai demandé de prendre un jour. Il a dit oui. Re-champagne. Voilà la joie de se sentir chez soi dans l’imprévu de Dieu.
Charles de Foucauld alla un jour rendre visite à un jeune cousin, François de Bondy qui avait vingt et un ans, et était très adonné à la recherche du plaisir. Mais sa vie fut transformée en voyant la joie profonde de cet ascète tout desséché venu du Sahara. « Il entra dans la pièce et la paix entra avec lui. La lumière de ses yeux et particulièrement ce très humble sourire avait envahi toute sa personne… Une joie incroyable émanait de lui… Moi qui avais goûté « les plaisirs de la vie » et pouvait entretenir l’espoir de ne pas devoir quitter la table pour un peu de temps encore, en voyant que toute la somme de mes satisfactions pesait aussi lourd qu’une infime partie du bonheur parfait de l’ascète, je sentis naître en moi un étrange sentiment, non d’envie mais de respect. » Enzo Bianchi cite un Père du quatrième siècle qui dit que les jeunes sont comme des chiens à la chasse. Si la meute sent le loup, les chiens continueront à chasser jusqu’au bout. S’ils ne sentent jamais le loup, alors ils se fatigueront et s’arrêteront. Si les jeunes sentent en nous la joie du Royaume, alors ils iront jusqu’au bout.
Oser donner notre vie complètement, usque ad mortem fait partie intrinsèque de ce témoignage d’espérance. Nous avons la conviction que nous comprendrons que notre vie entière signifie quelque chose. À la fin, toute l’histoire de notre vie trouvera son sens, même ses moments les plus sombres. Dans les Instrumentum Laboris 37 il est écrit : « Le sens de la temporanéité et les difficultés culturelles touchant la permanence/stabilité pourrait nous amener à étudier les possibilités de proposer des formes de vie consacrée « ad tempus » (VC 56 et Proposition 33) qui éviteraient de donner l’impression que quelqu’un qui est entré dans la vie consacrée pendant un temps, l’a désertée ou l’a abandonnée. » Je suis d’accord. Depuis des siècles, les ordres religieux ont toujours proposé d’autres formes d’appartenance à ceux qui ne souhaitaient pas un engagement perpétuel. Bon nombre de nos congrégations sont actuellement à la recherche de nouvelles façons de développer cela. Il y a aussi le cas des personnes qui entrent chez nous et font profession mais qui s’en vont un jour. Nous ne voulons pas qu’ils restent paralysés pour toujours par un sentiment d’échec. Cependant, ceci ne devrait pas mettre en question la centralité d’un engagement usque ad mortem. On se demande souvent si les jeunes d’aujourd’hui sont capables d’un tel engagement. Le problème est peut-être de savoir plutôt si nous les en croyons capables, et si nous croyons qu’ils sont prêts à se battre pour leur vocation.

La subversion de la culture de contrôle
La question finale que je voudrais traiter est celle de la culture de contrôle. La planète n’a jamais subi un contrôle aussi étroit de la part de quelques nations. Malgré tant de rhétorique sur le développement, les intérêts nationaux de quelques pays appellent les coups. Comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité, nous vivons surtout sous contrôle d’une seule super puissance, dont il faut toujours protéger les intérêts dans le monde entier. Comme l’a dit Bill Clinton, il n’existe pas de différence entre politique intérieure et politique étrangère. Le 11 septembre fut entre autres une protestation contre ceux qui désirent prendre le contrôle de la planète et de ses ressources. Il a frappé les symboles de l’économie et de la puissance militaire de l’occident : les Tours Jumelles et le Pentagone. Mais le 11 septembre a aussi intensifié cette culture de contrôle, provoquant une escalade dans la collecte d’informations, le contrôle des migrations, la militarisation du monde et la perte des droits humains.
Paradoxalement, c’est à la fois un temps où les états nationaux, et même les États Unis, semblent de moins en moins capables de contrôler quoi que ce soit. Nous vivons dans ce que Anthony Giddens a appelé « le monde qui nous échappe » , « une jungle fabriquée ». Bauman imagine notre monde comme un avion sans pilote. Les passagers « découvrent avec horreur que la cabine de pilotage est vide et qu’il est impossible de soustraire quelque information que ce soit au mystérieux ‘pilote automatique’ étiqueté de noir, pour savoir où va l’avion, où il va atterrir, qui doit choisir l’aéroport, et s’il y a des règles qui permettraient aux passagers de contribuer à la sécurité de l’arrivée. »
Au cœur de la modernité se trouve cette paradoxale combinaison d’une culture de contrôle et de notre incapacité à prendre nos vies en charge. Ceci est puissamment symbolisé par nos guerres technologiques modernes, avec leurs armes techniquement sophistiquées et cependant l’immense difficulté qu’elles ont à atteindre les objectifs fixés. Il suffit de regarder le Vietnam, l’Afghanistan et l’Irak.
Ceci provient en partie du fait que les entreprises multinationales échappent largement aux réglementations nationales. L’économie est incontrôlable. La fluidité du capitalisme moderne engendre insécurité et anxiété. Toute cette anxiété se projette sur les étrangers, hors de nos frontières et à l’intérieur de nos frontières. De plus en plus, les gouvernements considèrent le maintien de la loi et de l’ordre comme leur tâche première. Combattre le crime, voilà le drame moderne ; enfermer les inconnus sur lesquels nous projetons notre peur. Dans tous les pays du monde pratiquement, le nombre de personnes que l’on enferme en prison monte en flèche. Les gens qui ont des programmes différents des nôtres sont de plus en plus considérés comme des ennemis, « des terroristes » qui appartiennent à des « axes du mal ». La pauvreté se criminalise. Même l’aide et le développement humanitaires sont récupérés par le programme sécuritaire occidental. Sécurité mondiale signifie sécurité occidentale, et les agences de développement n’obtiendront des subventions qu’à la condition d’accepter ses priorités. C’est pourquoi il est si difficile d’obtenir de l’aide pour le Soudan ou le Congo ou autres régions sinistrées d’Afrique.
La culture de contrôle entre dans le système sanguin de la vie publique sous forme de gestion. Toutes les formes d’institution doivent être gérées, vérifiées, mesurées ; elles doivent atteindre des objectifs et subir des évaluations. Même l’Église est en train de devenir une institution gouvernée par la culture de contrôle. Nous sommes surveillés, on fait des rapports et des évaluations sur nous. Et ce n’est pas un méchant complot du Vatican. Cela montre que l’Église aussi traverse la crise de la modernité, simplement comme tous les autres ! Même les congrégations religieuses succombent souvent à la culture de gestion. Ceux et celles qui sont élus(e)s deviennent « l’Administration ». Les frères et sœurs sont transformé(e)s en « personnel ». J’ai rencontré des Supérieur(e)s généraux/ales dont les bureaux me font penser à des multinationales. Le(a) Supérieur(e) Général(e) devient le/la PDG. Les chapitres fixent des objectifs et évaluent les réalisations. Tout doit être mesurable, et c’est l’argent surtout qui sert de mesure.
Mais il faudrait que la vie religieuse éclate dans cette culture de contrôle comme une explosion de folle liberté. Nous trouvons quelques allusions à ce que cela signifie dans l’histoire de Jésus et de la Samaritaine au puits. Les apôtres partent faire les courses et quand ils reviennent, le voilà en train de bavarder avec cette femme vulgaire. « Quand vous tournez le dos, vous ne savez jamais ce qui va lui passer par la tête ! » Jésus est surveillé, contrôlé, mais il est notre Seigneur qui échappe à tout contrôle.
Nos congrégations ont différentes conceptions de la nature du gouvernement. Celui-ci peut être paternel, démocratique ou militaire. Nous n’avons pas une seule et même conception de la nature de l’obéissance. Mais nous serions certainement tous et toutes d’accord sur le fait que le leadership – pour utiliser un mot que je déteste – n’est pas une question de contrôle. Il est au service de la grâce imprévisible de Dieu. Personne n’est propriétaire de la grâce et ne peut soumettre son avènement au programme qu’il ou elle s’est fixé(e), et surtout pas le/la supérieur/e. Le rôle de ceux ou celles qui exercent le leadership est de s’assurer que personne ne s’empare de la grâce de Dieu, ni les jeunes ni les vieux, ni la gauche ni la droite, ni l’occident ni aucun autre groupe. Dieu est parmi nous comme celui qui est constamment en train de faire du nouveau, et ceux et celles qui exercent le leadership seront habituellement les derniers/ères à apprendre ce dont il s’agit. Ils et elles ont le rôle de nous garder tous et toutes ouvert(e)s aux directions imprévisibles où Dieu pourrait nous conduire, car comme le dit Isaïe, « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »
Ainsi, le leadership se manifestera en aidant nos communautés à prendre des risques, à ne pas toujours choisir l’option confortable, à faire confiance aux jeunes, à accepter la précarité et la vulnérabilité. Il se manifestera en gardant les fenêtres ouvertes à la grâce imprévisible de Dieu. Aussi, dans cette culture de contrôle, la vie religieuse devrait être une réserve écologique de liberté ; non pas la liberté de ceux qui imposent leur volonté, mais une liberté de remise de soi à la constante nouveauté de Dieu.
J’étais aux États Unis à l’époque où circulaient ces enveloppes contenant de l’anthrax, et en Asie pendant la crise du Sars. Dans les deux cas, j’ai été étonné par le climat de panique. Dans ce monde effrayant et angoissant, la vie religieuse devrait être une oasis de liberté et de confiance. Ce n’est pas que nous devions nécessairement n’avoir aucune crainte, mais nous ne devrions pas nous laisser conduire par la peur. Christ est mort, Christ est ressuscité, Christ reviendra. Le voilà le seul drame final. De quoi aurions-nous peur ?
Lorsque j’étais étudiant, notre communauté d’Oxford subit quelques très petites attaques à la bombe, de la part d’un mouvement politique de droite qui, pour quelque raison mystérieuse, nous détestait profondément. Je me souviens avoir été réveillé pendant la nuit par le bruit des explosions. Je descendis précipitamment à l’entrée de notre prieuré et j’y trouvai tous les frères en tenues variées pour la nuit. Mais où était le prieur ? La police est arrivée, et le prieur dormait toujours. Je courus le réveiller. « Il y a eu une attaque à la bombe » criai-je tout agité. « Y a-t-il quelqu’un de tué ? » demanda-t-il. « Non ». « Il y a quelqu’un de blessé ? » « Euh ! non. » « Bon, alors pourquoi vous ne me laissez pas dormir ? Nous en reparlerons demain matin.» C’est la première fois que j’ai un peu saisi ce que pouvait signifier le leadership ! Il dédramatise nos petites paniques. Si nos vœux sont la promesse de laisser Dieu continuer à nous surprendre, alors le leadership nous garde fidèles à cet accueil courageux de l’incertitude.
Donc, pour conclure, depuis le 11 septembre notre petite planète souffre d’une crise des sans-abris. Ceci est littéralement vrai pour des millions de réfugiés, de demandeurs d’asile et d’immigrants clandestins. Nous souffrons aussi d’une absence de demeure culturelle, d’un sentiment de précarité, et du bouleversement des cultures locales dans lesquelles l’humanité a bâti ses nombreuses demeures. En tant que religieux et religieuses, nous sommes appelé(e)s à être signe de cette vaste demeure qu’est la maison du Père, « dans laquelle il y a beaucoup de demeures. » (Jean 14, 2) Nous pouvons construire cette maison avec le Samaritain et accueillir le Samaritain chez nous. En ce moment nous sommes aussi confrontés à un défi plus subtil : faire notre demeure avec ceux qui nous sont étrangers, dans nos propres congrégations et dans notre Église. Tout ceci nous demande une imagination créative. Nous devons laisser l’Esprit Saint briser ces petits discours idéologiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, dans lesquels nous trouvons notre sécurité. Nous avons besoin de trouver les mots qui nous ouvrent à l’immensité de Dieu. Ne réduisons pas Dieu aux dimensions mesquines de nos cœurs et de nos esprits.
Depuis le 11 septembre, ce sentiment de n’avoir pas de maison a été accentué par la perte d’une histoire à raconter sur notre futur. L’histoire qui domine de plus en plus nos vies parle de guerre contre le terrorisme et le jihad. Nous, religieux et religieuses, nous pouvons nous sentir à l’aise dans cette époque désorientée, non pas en proposant une histoire alternative, mais en accueillant joyeusement et librement l’incertitude. Nous avons la ferme confiance qu’à la fin nous comprendrons que toute notre vie a un sens. Ainsi pouvons-nous avec bonheur laisser Dieu nous faire des surprises.
L’insécurité des temps actuels génère de l’anxiété. Ceci alimente la culture de contrôle et peut même contaminer la vie religieuse, au point de nous faire succomber au modèle de gestion et d’administration. Mais le leadership devrait desceller les portes et les fenêtres de nos demeures pour laisser entrer l’Esprit, dont « on ne sait ni d’où il vient ni où il va… Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit » (Jean 3,8).


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