Oct 19, 2021 Last Updated 7:03 AM, Oct 19, 2021

AEFJN: Assemblée pour l’Afrique

Categoria: Missione Oggi
Visite: 2752 volte
Presentation du document «Lineamenta»
de la Deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique.


INTRODUCTION.
On m’a demandé de présenter les ‘Lineamenta’ de la Deuxième Assemblée spéciale des Evêques pour l’Afrique: le thème de cette Assemblée est ‘L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix’. Le sous-thème scripturaire, ‘Vous êtes le sel de la terre..., Vous êtes la lumière du monde’ (Mat 5:13-14) nous rappelle le lien spécial de cette deuxième Assemblée avec la première Assemblée spéciale des Evêques pour l’Afrique. Concrètement, c’est affirmer que les exhortations du premier Synode sont encore valides. Le deuxième Synode est une célébration d’un anniversaire visant à évaluer l’impacte du premier Synode et à aider l’Eglise à faire face dans sa mission d’évangélisation aux courants ‘déshumanisants et oppresseurs’ à l’oeuvre dans la société Africaine. Ces courants font obstacle au travail de l’Evangélisation et dégradent la dignité des Africains. Je présente quelques remarques préliminaires:
- La dimension ecclésiologique: nous notons, au point de départ, que l’Eglise en tant que famille de Dieu en Afrique est le modèle ecclésiologique présent dans tout Cette présentation a été donnée lors de l’Assemblée générale du Réseau Foi et Justice, Afrique-Europe (AEFJN), le 3 novembre 2006. Les «Lineamenta» en préparation au deuxième Synode pour l’Afrique, qui aura lieu en 2009, sont sortis le 27 juin 2006. On peut les trouver à l’adresse suivante:
http://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20060627_ii- assemblyafrica_fr.html
le document. C’est comme un fil qui lie ensemble les différentes parties du document et lui donne cohésion et direction. Il est utile de remarquer que les ‘Lineamenta’ soulignent le sens de la famille qui caractérise la vision africaine du monde et nous amènent ensuite à voir clairement les questions qui se posent à l’Eglise en tant que famille. L’Eglise-famille de Dieu est le signe de la présence du Christ parmi nous. Chaque membre de l’Eglise-famille de Dieu est impliqué dans la lutte pour transformer l’Afrique. Les Laïcs doivent retrouver leur rôle dans cette lutte.
-La dimension christologique: Un second point à noter est la nature christocentrique du document. “Regarder, voir à nouveau dans le Christ’ est présenté comme un remède contre les malheurs de l’Afrique. Le Christ vit parmi nous dans la Parole proclamée et dans le Pain Rompu et Partagé pour la vie du monde. Il y a là une forte dimension charismatique qui offre une autre vision dans la recherche de la réconciliation, de la justice et de la paix et de la libération dont l’Afrique a besoin. Ce sont là des problèmes urgents auxquels l’Eglise doit faire face dans sa mission d’évangélisation en Afrique.
- La dimension politico-économique: Le document reconnaît que nous ne pouvons pas ignorer notre passé colonial quand nous traitons de l’histoire économique et politique de l’Afrique. En même temps, nous ne devons pas rester figés dans notre passé et rester aveugles devant les problèmes actuels qui contribuent aux malheurs sociaux, économiques et politiques d’un continent favorisé par tous les facteurs de production dont il dispose. Le commerce des armes, les guerres fratricides et civiles, la tension politique et ethnique, le tribalisme, le bas degré de l’éducation scolaire, les pratiques commerciales injustes, les conditions excessives imposées par les programmes structures d’ajustement, l’exploitation, les salaires injustes et les contrats déséquilibrés (# 14,16), etc., ont tous contribué à la détérioration de l’ordre social et économique du continent. Il est juste de noter que l’Afrique est un vaste continent qui compte plus de 50 pays avec tant de diversité. Elle est aussi grande que les Etats-Unis, le Mexique, la Chine et l’Europe mis ensemble (Anne-Marie Frérot). La situation socio- économique et politique n’est pas la même pour tous les pays sur le continent. Certes, quelques pays ont une situation différente à raconter. Mais nous sommes, pour l’immense majorité, confrontés à une réalité particulièrement inquiétante.

QUELQUES POINTS DOMINANTS DANS LES ‘LINEAMENTA.

Le commerce des armes.
Le commerce des armes a causé des difficultés économiques et des souffrances indicibles, il a nourri la tension politique, il a fait se déplacer des gens à la fois à l’intérieur des frontières de leur pays, et les à amenés à franchir des frontières nationales, et il a été la source de risques graves pour les civils. Des leaders politiques africains et des hommes d’affaires sans scrupules prennent part à ce commerce de façon à maintenir leur pouvoir et à s’enrichir à n’importe quel prix (#17). L’achat de ces armes a provoqué le pillage des ressources de ces pays pour payer la facture. ‘C’est là une grave injustice et un vol’ (#78). L’Afrique est devenue un marché pour la vente d’armes telles que des pistolets, des fusils des mitrailleuses, et des mines. Nous avons vu des cas terribles d’accidents dus aux mines antipersonnelles en Angola et au Burundi. Les mines sont inhumaines et privent les gens de leur terre et de leur infrastructure parce qu’elles échappent à toute question de cessez- le-feu. Un rapport de la BBC du 15 mars 2000 estime à cent millions le nombre de petites armes illicites qui circulent en Afrique. En 2000 et 2001, la Slovaquie, par exemple, a exporté des armes au Libéria et en Angola. Beaucoup des armes exportées étaient des armes en surplus dont la Slovaquie voulait se débarrasser alors qu’elle se préparait à entrer dans l’Union Européenne en 2004. Les Lineamenta affirment justement que le commerce international des armes est un facteur-clé qui maintient l’Afrique dans une situation de guerre perpétuelle (# 17).
Le problème qui se pose à l’Afrique est comment mobiliser ses forces pour mettre fin à ce commerce inique. En 2000, dix pays d’Afrique (Kenya, Ouganda, Soudan, Rwanda, Tanzanie, Burundi, RD du Congo, Erythrée, Ethiopie et Djibouti) ont signé un accord en vue d’arrêter la prolifération d’armes légères dans la région des Grands Lacs et aussi dans la Corne de l’Afrique. Ces pays sont d’accord pour une coopération et une coordination accrues de leur police, et de leurs officiels des douanes et des renseignements. La Somalie malheureusement était absente parce qu’elle n’avait pas de gouvernement. La Somalie était absente, hélas, par manque de gouvernement. La force de cet accord est, par conséquent, à son plus faible point.

Le faible degré de l’alphabétisation.
Le problème économique et politique de l’Afrique ne peut pas être décrit sans une référence à la faiblesse de son alphabétisation. A l’aurore de l’indépendance, seulement 16% de la population de l’Afrique était alphabétisée. En Afrique subsaharienne, avec une population d’environ 200 millions, seulement 8000 avaient leur diplôme d’études secondaires. Il n’y avait pas d’université dans les anciennes colonies françaises. Ce qui veut dire que l’Afrique commença à se gouverner ellemême alors qu’il lui manquait des professionnels formés au début des années 1960 (Meredith, 151). Le manque d’alphabétisation sape nos démocraties fragiles et conduit à l’exploitation injuste de nos ressources, au manque d’équilibre dans les accords commerciaux, et aboutit aussi à tromper les cultivateurs ruraux, etc. En décembre 2000, les Nations Unies proclamèrent les années 2003 à 2012 la décade d’alphabétisation, et en confièrent la coordination à l’Unesco. Le but était de diminuer de moitié avant 2015 le nombre des adultes analphabètes. Selon un rapport
de l’Unesco de 2002, quatre sur dix Africains de l’Afrique sub-saharienne ne peuvent ni lire ni écrire. Ce rapport estimait en outre que des 21 pays où la nonalphabétisation des adultes est au-dessus de 50%, 13 sont situés dans l’Afrique subsaharienne. Les femmes non-alphabétisées en sont les 2/3 (voir ‘The Long Road to Literacy in Africa ’ sur www.unesco.org). Le directeur général de l’Unesco demande aux gouvernements à travers le monde d’assumer leurs responsabilités dans la lutte pour un monde alphabétisé et de garantir une éducation de base pour tous les citoyens. Les ‘Lineamenta’ affirment que le degré d’alphabétisation de l’Afrique continue à être le plus bas dans le monde (#15,21) dû surtout à la détérioration du système d’éducation. Nous attendons des gouvernements Africains qu’ils fassent preuve d’un engagement plus grand pour offrir des facilités pour l’éducation, pour créer un environnement favorable pour les études, et pour former de bons enseignants pour les salles de classe. La création d’un environnement littéraire est essentiel si on veut déraciner la pauvreté, arriver à une égalité des sexes, à poser les fondements pour une société démocratique et assurer un développement continu.

Le Secteur Agricole.
Les ‘Lineamenta’ considèrent l’échec du secteur agricole comme étant l’une des causes principales des maux socio- économiques en Afrique. Le secteur agricole en Afrique dépend encore largement de techniques rudimentaires de production agricole qui font de l’agriculture plus une question de survie que de commerce. Le secteur agricole en Afrique dépend aussi beaucoup de facteurs naturels tels que le climat et la terre. Le climat est dur et incertain, les pluies inadéquates, et la sécheresse un hasard constant, et par conséquent la production alimentaire est pauvre et inadéquate, couvrant à peine dix pour cent de ses besoins (# 16). Le traitement du secteur agricole par les ‘Lineamenta’ nous montre une Eglise qui s’intéresse à la question plus large du développement de la société. Tout programme qui vise à la réduction de la pauvreté doit reconnaître le secteur agricole et le besoin qu’il a d’une réforme. La majorité de la population de l’Afrique est rurale et dépend largement de l’agriculture pour sa vie. L’agriculture compte pour environ 35% du GDP du continent, et 70% de tous ses emplois. Par conséquent, si ce secteur est négligé ou improductif, un pourcentage plus vaste de l’Afrique est affecté négativement.

Le Phénomène de la Migration.
Les ‘Lineamenta’ relève le phénomène de la migration (# 16) comme un autre problème qui affecte l’Afrique, comme le montrent les multitudes de réfugiés, immigrés et l’exode rural (# 23). Ces derniers mois, les medias se sont intéressés à la migration des Africains vers le nord et l’ouest. Nous avons entendu des jeunes racontant leurs expériences effrayantes lorsqu’ils essayaient de traverser l’océan large et profond qui sépare l’Afrique de l’Europe. Leur but est d’échapper aux malheurs économiques de leurs pays, le manque d’emploi, des salaires inconsistants et décourageants, la productivité basse du secteur agricole; etc. Leur rêve est d’aller vivre en Europe, mais ils sont souvent déçus. Ces dernières années, de plus en plus de femmes émigrent également, à l’intérieur de l’Afrique, ou en dehors pour satisfaire leurs besoins économiques. Des femmes professionnelles telles qu’infirmières ou docteurs sont recrutées dans le Royaume Uni, aux Etats Unis, en Arabie Saoudite pour de meilleurs salaires. Il y a aussi le trafic d’êtres humains, souvent des femmes ou des jeunes, pour une exploitation sexuelle. La migration est devenue une stratégie pour la survie économique de la famille. Elle vide l’Afrique de ses travailleurs et travailleuses, et de ce fait, elle réduit le niveau de la production économique. Cela se manifeste en particulier dans le départ des personnes éduquées. Les Lineamenta décrivent ainsi la situation en Afrique: ‘Dans une certaine mesure, l’Afrique produit ce qu’elle ne consume pas et consume ce qu’elle ne produit pas’. (# 16).

Le cancer de la corruption.
Les ‘Lineamenta’ voient dans la ‘corruption’ une grave injustice qui doit être éradiquée. Ils font remarquer que des Chrétiens sont eux-mêmes impliqués dans cette ‘corruption’ (# 51). L’Afrique d’aujourd’hui a besoin d’être libérée de tous les maux qui assiègent le continent, y compris la corruption (# 74). Le secteur public est marqué par une corruption de toutes sortes: appropriation de fonds publics destinés au développement, le transfert de l’argent public dans des comptes en banque personnels à l’étranger. C’est là un obstacle sérieux au développement. Les ‘Lineamenta’ notent une ‘opposition croissante à la corruption (# 7). L’union africaine des ministres a été d’accord pour proposer aux chefs de gouvernement des mesures sévères pour combattre ce mal. L’Afrique aura besoin du soutien de pays développés dont les hommes d’affaires offrent des pots-de-vin et s’associent avec leurs partenaires africains dans ce ‘commerce’. La lutte contre la corruption en Afrique est un développement nouveau parmi d’autres qui méritent d’être poursuivis.

Conflits, Violence et Guerres.
Les ‘Lineamenta’ consacrent beaucoup de temps à attirer notre attention sur la situation horrible des conflits, de la violence et des guerres en Afrique. La situation est en train de détruire le continent. Elle ne permet pas un environnement pacifique favorable au développement, elle fait entrer de force les gens dans une crise de réfugiés, elle provoque la faim et est la cause de souffrances inutiles et de maladies de toutes sortes. Elle humilie les gens. C’est une contradiction de parler de l’Afrique comme ayant un sens profond de la famille, de la solidarité et de l’amitié, tandis qu’on voit en même temps tellement de guerres, de massacres de génocides
ethniques, fraternels et régionaux (# 36). Le message des ‘Lineamenta est clair, ‘vous êtes frères et soeurs’ (voir Matthieu 23:8), arrêtez les guerres (#40). Faire en sorte que ce message atteigne les coeurs de tous les Africains est un appel fait à l’Eglise en tant que famille de Dieu (# 13). Les faits suivants nous aideront à comprendre la gravité de la situation:
- Dans l’est de la RD du Congo, le pays a été dans une situation de guerre depuis huit ans: 20 groupes armés, venant de neuf pays se battent pour contrôler les ressources minières et le bois de la région. Environ 4 millions de gens ont été tués, faisant ainsi de cette guerre le conflit le plus meurtrier après la deuxième guerre mondiale. Dans cette partie du Congo, il n’y a pas de routes en dur, les ponts ont été détruits, les gens vivent dans la boue et dans des huttes de chaume. Faim et maladie dominent. Rien ne fonctionne.
- Des millions de gens, dans la région du Darfour au Soudan vivent dans des camps sans abris. D’autres sont morts dans ce qu’on a appelé un génocide: des Arabes nomades et des non-Arabes, en majorité des cultivateurs s’opposent les uns aux autres dans une région où terre et eau sont rares. Derrière ce conflit, il y a le conflit entre le gouvernement et les groupes rebelles du sud sur la question du partage des ressources venant du pétrole.
- La Somalie s’est désintégrée dans un chaos sanglant qui dure depuis plus de 15 ans, et le pays n’a pas encore de gouvernement.
- ‘L’Armée de la Résistance du Seigneur’ au Nord de l’Ouganda continue à entretenir le chaos qui a conduit à la mort de 12.000 personnes et 1 Million 4 se sont enfuis pour sauver leur vie. Environ 20.000 enfants ont été pris comme soldats ou esclaves sexuels.
- L’Angola a connu, entre 1974 et 2002, la guerre entre trois groupes différents; une guerre qui servait en fait les intérêts des Etats Unis et de la Russie. Ce fut la plus longue guerre civile en Afrique.
- Au Sierra Leone, le Front Uni Révolutionnaire et les forces gouvernementales se sont battues entre 1991 et 2002 pour le contrôle du pays et des diamants. Le FUR utilisait les diamants pour acheter des armes et le soutien mercenaire de Charles Taylor dans le Liberia voisin. Le conflit enrôla a grand nombre d’enfants soldats et amputa les jambes et les bras de nombreux civils. Les diamants étaient appelés ‘diamants de sang’.
- Il y a eu deux guerres civiles successives au Libéria entre 1989 et 2003. Les belles forêts du Libéria sont appelées ‘forêts de sang’. - En 1994, 800.000 Tutsi et civils Hutu modérés ont été massacrés par les milices Hutu armées de machettes au Rwanda. Le génocide est devenu l’un des
conflits les plus notoires du 20ème siècle. Entourés de guerre, les bidonvilles Africains, dépourvus de bonnes installations sanitaires d’eau portable et d’habitations décentes et solides se développent plus rapidement que dans le reste du monde (Jason Beaubien, Wars Hamper Social Progress Across Africa. Visiter le site http://www.npr.org; Jennifer Brea, Your Guide to World News, http://worldnews.about.com). Au milieu de tout cela il est facile de comprendre pourquoi le développement de l’Afrique stagne, est retardé ou gravement en récession. Sans la paix, il n’y a pas moyen de promouvoir un développement durable.

Le concept de ‘Gérance’ et spiritualité d’engagement.
Face à cette situation de détresse, l’introduction du concept de ‘gérance’ dans les Lineamenta se comprend bien (# 43, 44, 45, 89). Dès le début, Dieu nous a créés et nous a confié la tâche de ‘gérants’ de sa création (cf. Gen 2:15; Psaume 8; Sagesse 9:1). Faisant partie intégrante de ce ministère de ‘gérance’ il y a la responsabilité de cultiver la terre et de jouir de ses fruits. L’Afrique ne peut jouir des fruits de la terre que lorsqu’elle a établi la condition fondamentale qui permettra aux Africains d’avoir leur part dans le développement et de la mettre au service du bien commun (# 44). Quand le sens de ‘gérance’ manque, la société se désintègre. C’est dans cette même ligne que les Lineamenta nous invitent à développer une spiritualité d’engagement (# 88). Selon St Thomas, une vraie adoration de Dieu doit conduire à une authentique vie chrétienne. Notre mission d’intendant est une expression de notre engagement à partager l’acte créateur de Dieu. Partager l’acte créateur de Dieu implique une vive conscience dans l’accomplissement de nos devoirs individuels. L’amour doit sanctifier notre travail.

Les Impératifs d’une bonne ‘Gouvernance’.
Il est essentiel qu’il y ait ‘bonne Gouvernance’ (# 11, 46). Un gouvernement qui soit responsable, transparent, dialoguant, ouvert à la participation, cherchant le consensus, équitable, inclusif, efficace et fidèle à la Loi (www.unescap.org). Tout en affirmant que le bien commun est la responsabilité à la fois de l’Etat et de ses citoyens, les ‘Lineamenta’ soulignent la responsabilité de l’Etat pour assurer qu’il y ait ‘cohésion, unité, et organisation’ dans la société et que tous ses citoyens contribuent au bien commun (#46). Empruntant à ‘Ecclesia in Africa’ les Lineamenta soulignent que la ‘bonne administration’ est urgente dans la vie politique, économique et culturelle du continent. Ils encouragent ‘la création d’Etats légalement constitués en Afrique’ (# 12.13 cf. EA # 112) pour promouvoir la démocratie et la fidélité à la Loi. La décadence s’installe quand la ‘bonne gouvernance’ fait défaut. Même quand vous avez accompli quelque chose, rien ne dure quand il n’y a pas de ‘gouvernance’ (James O’Connell, A Continent in Transition).

L’Education du Laïcat.
L’insistance des Lineamenta sur l’importance de l’éducation du Laïcat est une contribution importante. Le sous- titre, ‘Le sel de la Terre’, souligne le role que des laïcs peuvent jouer spécialement ‘là où seul un ou une laïc peuvent rendre l’Eglise présente’. S’inspirant du premier Synode, les Lineamenta centrent leur attention sur les Catholiques dans la vie publique (professionnels ou enseignants, hommes d’affaires ou fonctionnaires, agents au service de l’observance de la loi, ou politiciens: tous ces catholiques doivent témoigner de leur foi (EA # 108). La bonne gouvernance est la responsabilité de tous les secteurs de la société, mais elle demande la formation d’une saine conscience politique et morale pour l’exécuter. Les Lineamenta invitent les Eglises locales à établir des structures de formation dans lesquelles on aidera le laïcat à prendre conscience de leur responsabilité dans la vie économique et politique et où le laïcat sera équipé des outils intellectuels pour protéger et promouvoir leur droits civiques, politiques et sociaux (# 66). Le document aussi appelle l’Eglise en Afrique à trouver les moyens pour encourager ‘les politiciens honnêtes qui sont décidés à protéger le patrimoine commun contre toutes les formes de gâchage et de vol’ (# 15). Cette invitation fait écho à l’appel fait au premier Synode ‘pour de saints politiciens et chefs de gouvernement qui aiment profondément leur peuple et désirent le servir plutôt qu’être servis’ (EA # 111).

Réconciliation, Justice et Paix.
Cela nous amène à la question de la réconciliation, de la justice et de la paix, un thème central dans les Lineamenta. Quand on pense aux guerres, aux conflits et à la violence en Afrique, le thème de la réconciliation, de la justice et de la paix ne peut pas ne pas être d’importance primordiale dans l’agenda d’un Synode qui avait pour but d’ouvrir des chemins pour la transformation de l’Afrique. L’Eglise n’est pas seulement un lieu privilégié où le sujet de la réconciliation et du pardon peut être traité (# 6) mais encore un ambassadeur envoyé au monde pour plaider en faveur du pardon, de la réconciliation, de la justice et de la paix. La mission de chaque membre de l’Eglise est d’être un signe du Christ notre réconciliation, notre justice et notre paix. Les Lineamenta insistent sur le fait que travailler pour la réconciliation, la justice et la paix pourrait être un domaine où les trois religions principales en Afrique, les Religions Africaines Traditionnelles, l’Islam et le Christianisme pourraient collaborer. Il ne peut pas y avoir de paix sans la collaboration de ces religions (#24). Toutes les trois religions contiennent les éléments nécessaires pour faciliter le dialogue et le service du continent. Lié à cela est le projet pour l’éducation pour la paix (# 76). ‘La non-violence et la paix sont des entités culturelles; elles doivent être bâties, enseignées, apprises’. Par conséquent, nous ne pouvons pas laisser la recherche de la paix à des individus. Ce doit être une action collective.

La mort des masses.
On s’attendrait à ce qu’un document centré sur la transformation de l’Afrique consacrerait une attention considérable à la pandémie du Sida. A première vue, il n’en est pas ainsi. Le Sida est mentionné seulement une fois comme une ‘situation troublante’ (# 8). Mais la situation est plus grave que cela. L’Afrique sub-saharienne semble être la région la plus infectée par HIV et le Sida dans le monde. Le Sida a tué plus de gens en Afrique que les conflits. On estimait à 24.5 millions de personnes qui vivaient avec HIV à la fin de 2005, et environ 2.7 millions de nouveaux cas apparaissent chaque année. L’année passée 2 millions de personnes sont mortes de cette épidémie. Plus de 12 millions d’enfants sont orphelins à cause du Sida (UNAIDS, “2006 Report on The Global AIDS Epidemic »). Les dix années à venir seront plus terribles parce que tous ces cas d’infection aboutiront à la mort. Il est impératif que a communauté internationale développe massivement la prévention, le traitement et les soins demandés par cette épidémie. Les masses meurent pendant que les compagnies pharmaceutiques continuent à faire de ‘la politique’. En 1999, les Etats Unis menacèrent l’Afrique du Sud de sanctions commerciales parce que l’Afrique du Sud essayait de développer des remèdes génériques et moins chers pour lutter contre le Sida, etc. La Recherche Pharmaceutique et les Fabricants d’Amérique (PhRMA) et les compagnies comme Bristol-Myers Squibb, Glaxo- Wellcome et Pfizer qui travaillent dans l’industrie des remèdes contre le Sida accusèrent l’Afrique du Sud de violer les règles de l’Organisation du Commerce Mondial. Et pourtant, l’Afrique du Sud voulait simplement faire face à une situation urgente en produisant des remèdes moins chers, ce qui ne viole en rien les règles de l’Organisation du Commerce Mondial. Il est évident que le but inavoué des compagnies pharmaceutiques est le ‘profit à tout prix’ tandis que les masses continuent à mourir. La pression des compagnies pharmaceutiques continue (www.globalissues.org).

AUTRES QUESTIONS IMPORTANTES.

L’initiative ‘NEPAD’.
Idéologiquement parlant, l’année 2002 pourrait être appelée l’année du grand nouveau commencement. Ce fut l’année où fut lancé New Partnership for Africa’s Development (Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) (NEPAD) et ‘l’Union Africaine’ (AU). NEPAD a été baptisée ‘le programme économique de l’Union Africaine’. Le lancement de ces deux institutions provoqua tellement de débat pour savoir si oui ou non, l’Afrique faisait maintenant face aux défis du développement. Le contenu de NEPAD ne semblait pas clair. Les gens, par conséquent, devinrent soupçonneux. Ces soupçons nourris par l’évaluation de cette nouvelle initiative économique étaient basés sur les échecs des politiques économiques précédentes; le Plan d’Action de Lagos (LPA) des années 1980, le Cairo Agenda des années 1990, le Plan OMEGA d’Abdoulayed Wade du Sénégal, le Millennium Plan of Action de l’année 2000 de Thabo Mbeki, les politiques d’ajustement structurel domestique (PAS), etc. De même, la Commission Economique de l’Afrique établi par les Nations Unies en 1958; destinée à aider à articuler les plans de développement national et régional, à fournir une coopération technique, et à soutenir les luttes anticoloniales de l’OAU, cette Commission ne semble pas avoir abouti. Sur un plan plus pratique, les Africains ont perdu confiance dans leurs leaders politiques et craignent que NEPAD soit un autre programme élaboré pour distraire la population, et ne soit pas un programme sérieux élaboré pour faire face à la situation de l’Afrique. En réalité NEPAD n’est pas un programme totalement nouveau de partenariat. Quelques autres programmes l’ont précédé. L’UN-PAAERD (1990-98) fut le premier programme systématique de partenariat avec la communauté internationale basé sur ‘le principe d’engagement mutuel, de responsabilité et de coopération’. La communauté internationale, à travers l’UN, devait mobiliser des ressources et les gouvernements Africains devaient participer en mettant sur pied des organismes gouvernementaux pour mettre le programme aux niveaux national, sous-régional et régional (Africa and Development, 97). En dépit des critiques, la fondation du NEPAD atteste deux choses: a). L’Afrique est parvenue à réaliser le lien entre gouvernance et développement, et b) Les pays Africains doivent travailler ensemble pour surmonter la crise économique du continent. La questions reste encore valide; est-ce que le NEPAD va marcher?

L’Afrique et la communauté internationale
Tous les indicateurs socio-économiques prouvent que l’Afrique a besoin de la collaboration de la communauté internationale pour combattre les courants qui militent contre le développement du continent. Ces dernières années, et spécialement grâce à l’initiative du NEPAD, une nouvelle prise de conscience du fait que l’Afrique appartient à l’Afrique grandit en Afrique. Cette prise de conscience devra être complétée par un processus interactif de partenariat par la communauté internationale. L’Afrique devra sans aucun doute employer ‘ses abondantes ressources naturelles pour un développement soutenu qui permette à l’Afrique de se suffire à elle-même’, de telle façon qu’elle puisse bénéficier des avantages du commerce et de l’industrie (TICAD, Tenth Anniversary Declaration Sept 2003). Dans une telle entreprise, nous attendons des leaders politiques des pays Africains qu’ilsexercent ‘une leadership engagée et progressive’, pour faire face au défi de la collaboration et de la coopération avec les partenaires des pays développés. Dans ce modèle de partenariat, la communauté internationale devra collaborer avec l’Afrique de façon à consolider la paix qui progresse en Afrique et à mettre fin aux conflits en cours. La communauté internationale ferait beaucoup de bien à l’Afrique si elle prenait des mesures pour arrêter le trafic illégal d’armes légères et destructrices en Afrique. Lisa Misol, une chercheuse de la « Arms Division » of Human Rights Watch disait que ‘NATO et les membres de la communauté européenne pourraient faire davantage pour arrêter ce trafic illégal’.

CONCLUSION: Investir pour casser le piège de la pauvreté.
Pour conclure notre réflexion, je voudrais souligner, dans un résumé, l’impact que les Lineamenta veulent avoir. A la lumière de nos considérations, nous pouvons voir que l’Eglise en Afrique fait preuve d’une grande attention pour la situation déplorable de l’Afrique, et entend s’engager pour aider à identifier les causes profondes des problèmes, et quels efforts pourraient être faits pour changer la situation. L’Afrique a besoin de faire sept « investissements capitaux » si elle veut casser le piège de la pauvreté qui emprisonne le continent. Ces investissements sont identiques aux objectifs fixés par le UN Millennium Summit en septembre 2000 et qui doivent être réalisés en 2015. Ils répondent aux principaux défis au développement du monde. C’est ce qu’on appelle le Millennium Development Goals. Jeffery Sachs, dans son livre, The End of Poverty, énumère six investissements capitaux. Mais je crois qu’un septième est nécessaire; l’investissement dans le domaine spirituel. L’ordre dans lequel cette liste est présentée ne donne pas de mérite ou de valeur spéciale à aucun type d’investissement. Dans des circonstances normales, nous nous attendrions à ce que tous les facteurs soient combinés de façon à contribuer à faire de la pauvreté une réalité de l’histoire.

Le premier investissement est dans le secteur public. Les pays Africains ont besoin d’un système judiciaire et politique qui fonctionne, qui promeuve les droits de l’homme et assure le bon fonctionnement des démocraties et de l’application de la Loi. Nous désirons voir un commerce et des lois commerciales qui protègent nos ressources humaines et naturelles contre l’exploitation.
Le deuxième investissement est dans le secteur de la santé pour assurer et développer la santé des citoyens et assurer une bonne qualité de vie. Un programme efficace pour la prise de conscience de la santé publique aidera à réduire les contagions qui menacent la population. Une bonne santé et une nourriture équilibrée conduiront à une bonne productivité économique. Le Millennium Development Goals propose trois objectifs qu’on peut grouper sous le chapeau de la santé: réduire la mortalité infantile (Objectif # 4), améliorer la santé nationale (Objectif # 5), et lutter contre le VIH/SIDA, le paludisme et autres maladies (Objectif # 6).

Le troisième investissement est dans le secteur des affaires: il doit assurer que les outils et équipements nécessaires pour les services de l’agriculture et de l’industrie et de la production, existent et sont abordables.

Le quatrième investissement doit se faire dans la mise en oeuvre de l’infrastructure du pays. De bonnes routes, l’électricité, l’eau, les installations sanitaires, le système de télécommunication, etc. sont autant d’installations critiques pour améliorer les services de tout pays.
Le cinquième investissement doit se faire dans le capital naturel et faire face au problème de la fertilité en diminution du sol dans la terre cultivable en Afrique, et protéger les réserves d’eau et les forêts. La variabilité climatique est un défi énorme. La plupart des contrées auront besoin d’un système d’irrigation pour soutenir et développer la production agricole. L’objectif # 7 de Millennium Development Goals est d’assurer une durabilité environnementale.

Le sixième investissement devra se faire dans le domaine de l’éducation. Le but sera d’établir un bon système d’écoles, de promouvoir science et technologie, de développer l’éducation professionnelle, et d’encourager la recherche. Il y aura là unesource de force soutenue pour l’amélioration sociale et le développement humain. Le MDG # 2 met l’accent sur la nécessité de parvenir à une éducation primaire universelle.

Le septième investissement se fera dans le domaine spirituel. C’est la capacité de pardonner, de se réconcilier, de repartir, et de travailler pour la justice et la paix. Cela apporte une libération réelle et la guérison à notre société ‘blessée’. Ces valeurs sont le fondement sur lequel peut être bâtie une saine vie sociale, économique et politique dans tout pays et elles sont essentielles pour le progrès. Cependant, on ne les obtient pas du soir au matin. L’Eglise en tant que Famille de Dieu fait face à ce défi dans sa mission d’évangélisation. Généralement parlant, les Lineamenta affirment deux choses: a) Les leaders Africains ont pour tâche première de chercher une solution africaine aux problèmes de l’Afrique (# 7). Les gouvernements individuels ont besoin les uns des autres dans cette entreprise, b) l’Eglise, le Sacrement du Christ, se reconnaît elle-même comme ‘une communauté qui guérit, réconcilie, pardonne et encourage’ (# 40). En même temps, elle ne peut pas le faire seule mais en collaborant avec les autres religions du continent.

Questions pour une réflexion ultérieure:
  1. Quelle direction les Lineamenta donnent-ils pour que l’Afrique puisse contribuer efficacement à la reconstruction en Afrique?
  2. Quels sont les points majeurs qui sont absents des Lineamenta.
  3. Il y a eu de nombreuses initiatives pour tirer l’Afrique de ses difficultés économiques. Pourquoi ces initiatives n’ont-elles pas réussi?

Bibliographie
  1. Adesina, J.O. ed.2005, Africa and Development challenges in the New Millennium.
  2. Beaubien, Jason, Wars Hamper Social Progress Across Africa. Visit http://www.npr.org.
  3. Brea Jennifer, ‘Africa’s civil Wars’, Visit http://worldnews.about.com.
  4. Meredith Martin, 2006, The State of Africa.
  5. O’Connell James, A Continent in Transition
  6. Sacks Jeffery, 2005, The End of Poverty
  7. UNESCO Report, 2002, The Long Road to Literacy in Africa, Visit www.unesco.org



Recenti

XXIX Domenica del Tempo Ordina…

19 Ott 2021 Domenica Missionaria

Ottobre missionario. Il mister…

18 Ott 2021 Preghiere Missionarie

Visita Canonica nella zona del Meru

Visita Canonica nella zona del…

18 Ott 2021 I Nostri Missionari Dicono

Il Vescovo Ponce de León: "La via per uscire dalla crisi è un dialogo nazionale realmente inclusivo"

Il Vescovo Ponce de León: …

18 Ott 2021 I Nostri Missionari Dicono

Mons. Giovanni Crippa nuovo vescovo di Ilheús

Mons. Giovanni Crippa nuovo ve…

18 Ott 2021 I Nostri Missionari Dicono

Indigeni migranti a Boa Vista …

18 Ott 2021 Missione Oggi

Finestre sul mondo

12 Ott 2021 Finestra sul Mondo

XXIX Domenica del Tempo Ordina…

12 Ott 2021 Domenica Missionaria

Ottobre missionario. I frutti …

11 Ott 2021 Preghiere Missionarie

Dalla casa alla missione... in…

11 Ott 2021 Missione Oggi